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L'ÉCOLE DES OFFICIERS ET LA "FASCISATION MÉTHODIQUE DE LA POLICE" EN GRÈCE

Le professeur de criminologie de l’Université Paris XI, Mme Anastasia Tsoukala, a révélé ce à quoi elle a été confrontée durant une série de conférences qu’elle a données à l’École des élèves officiers de la Police hellénique, en mars 2013. « Nous sommes des fascistes et fiers. Y a un problème ? », lui a dit un élève officier en troisième année au cours de la conférence. Il a été applaudi par 80% de la salle.

Lors d'un entretien  (voir vidéo sous l'article) sur la radio Real FM, Mme Anastasia Tsoukala, criminologue, a parlé de ce qu’elle a vécu à l’École des élèves officiers de la Police hellénique, avec les élèves en 3e année qui sont désormais diplômés, officiers, et en service.

En mars 2013,  j’ai donné deux conférences de quatre heures à chacune des 2e, 3e et 4e années, au sujet du racisme et de la xénophobie. C’était la première fois que des conférences de ce type étaient proposées à l’école des officiers de la police.

Le cours de quatrième année étant enregistré sur vidéo, pour des raisons pédagogiques, il n’y a pas eu de réactions ou de commentaires. Toutefois, quand j’ai répété la même conférence, légèrement simplifiée, aux élèves de 3e année, j’ai achevé les premières deux heures et accordé un quart d’heure de débat. Un élève a donc pris la parole et m’a expliqué qu’il était radicalement opposé à l’essence de la conférence, en disant que j’assimilais les Grecs et les étrangers et que, pour lui, pareille assimilation était par définition impensable.

J’ai réagi en pédagogue et en disant que, pour moi, il était impensable de considérer qu’il existait des êtres humains supérieurs et des sous-hommes et que, en fin de compte, ce type de distinction renvoyait à des régimes fascistes. Alors, l’élève m’a répondu :  ‘’Mais, nous sommes fascistes et fiers de l’être. Y a-t-il un problème ?’’. Ces mots furent suivis d’un tonnerre d’applaudissements venant des autres élèves. Les formateurs qui étaient présents n’ont pas réagi.

J’ai poursuivi en expliquant que leurs convictions politiques m’étaient complètement indifférentes et que, en tant que citoyen, tout ce qui m’intéressait c’était de savoir qu’ils réalisent leur mission dans la rue de manière impersonnelle et neutre, selon les principes de l’égalité devant la loi. À ce moment, un autre élève m’a regardé et a pris la parole en disant que je devais avoir honte en tant que professeur de criminologie car je devais savoir que la loi était une construction sociale et qu’elle ne faisait que refléter les conjonctures sociales, politiques et autres du moment et, par extension, qu’il était impensable de ma part d’exiger des officiers de police de mettre en œuvre une loi avec laquelle ils ne sont pas d’accord. Ce commentaire a également était suivi d’applaudissements.

J’avoue avoir commencé à être inquiète en entendant les futurs officiers me dire que la loi n’était pas contraignante pour eux. Ainsi, en poursuivant la discussion, je me suis efforcée de comprendre ce qu’ils considéraient comme contraignant. J’ai donc dit que ‘’cela n’a pas d’importance de savoir si vous estimez que la loi ne vous engage pas car, dans la mesure où vous exécutez les ordres de vos supérieurs, dans le cadre de la hiérarchie’’, qui, elle, respecte la loi, ‘’il s’en suit que, vous aussi, vous respecterez la loi’’. Ils m’ont donc répondu, fièrement, qu’ils ne se sentaient pas non plus contraints par leurs supérieurs, qu’ils estiment incapables. Ils ne sentaient même pas liés par le serment qu’ils prononcent sur l’Évangile, car je devrais savoir que les fascistes ne sont pas chrétiens mais païens. Tout cela, en présence des formateurs. Ces positions étaient applaudies par près de 80% de l’auditoire’’.

Concernant la police en général, Anastasia Tsoukala est très claire :

Je dirais qu'on est face à un système de fascisation méthodique de la police. Méthodique. Il n'a pas été créé le jour où j'y suis allée. Je pense qu'il existait depuis des années. Selon toute probabilité il s'est intensifié avec l'entrée de l'Aube Dorée au Parlement. C'est mon hypothèse, celle qui me semble la plus raisonnable. Mais ce qui est sûr, c'est que ça n'est pas apparu le jour où j'y suis allée. Et je ne pense pas que le phénomène se soit atténué le moins du monde depuis.

Le plus inquiétant, pour la criminologue, c'est que les élèves de l'école des officiers de la police qui sont "fiers d'être fascistes" sont ceux "qui encadreront le personnel. C'est d'eux aussi que viendront ceux qui commandent les CRS qui descendent dans la rue, et qui se comportent comme on l'a vu hier".

Dans la vidéo suivante, sous-titrée par Okeanews, Anastasia Tsoukala précise également que "dans les années 80 avait débuté un mouvement de démocratisation de la police" mis en place par le PASOK. "Un certain nombre de personnes, devenues ensuite officiers, qui avaient des idées, des mentalités et des conceptions progressistes, avaient été nommées dans la police nationale. Tous ceux là qui avec le temps avaient monté dans la hiérarchie de la police ont quasiment tous été démobilisés par M. Dendias".

Elle poursuit :

Ce qu'il faut comprendre c'est que, en ce moment, tous ceux qui occupent des postes élevés dans la hiérarchie sont de droite, très à droite, très très à droite jusqu'à l'extrême droite et ceux qui arrivent pour prendre la relève sont fiers d'être fascistes.

 

L'entretien

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