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La Grèce s’enfonce dans son été comme dans du sable mouvant. Entre deux canicules et trois mémoranda, les Troïkans sont d’ailleurs de grand retour à Athènes, après six mois de... défection. Le gouvernement fait alors tout son possible pour que leur présence passe inaperçue, ce n’est guère facile.

 

Place Omónia. Athènes, juillet 2015

 

Désabusés, les Athéniens quittent enfin progressivement leur ville pour une plage proche, le plus souvent ils sont hébergés chez leurs proches. Très petites vacances devant une énième rentrée prochaine au sens autant introuvable. “Les cinq prochains mois seront diaboliques”, telle est la prévision de la presse grecque en ce juillet finissant, les passants ne s’attardent même plus sur ces trop gros titres, basta.

Place Omónia, devant l’édifice de la banque... suffisamment historique et désormais à moitié seulement ouverte depuis la mise en place en Grèce des contrôles des capitaux, la vie quotidienne traîne inlassablement son lot de difficultés. Visages graves, errances et autres traversées du désert économique aux milles et une... apparences parfois trompeuses.

Passants et passantes, mendiants... “suraccablés” par la chaleur, à l’instar des retraités... massivement convertis en vendeurs ambulants de billets de la loterie ex-nationale, telles sont alors nos images du jour et de chaque jour que nos très nombreux visiteurs du pays peuvent ne pas remarquer. 

 

Les cinq prochains mois diaboliques. Presse grecque, juillet 2015

 

Sur cette place aux établissements jadis très fréquentés par les gens des lettres, le glissement... usuel et finalement usant est perceptible surtout pour les plus âgés. Certains hôtels classés monuments historiques sont fermés depuis plus de vingt ans, d’autres par contre, moins nombreux ont su résister. La crise a également redistribué certaines cartes du commerce forcément non-équitable, les grandes chaînes de restauration et de pâtisserie - boulangerie méta-traditionnelles, en ont ainsi largement profité.

Cette alimentation, en partie inspirée par la cuisine traditionnelle “en combinant des recettes classiques, les approches contemporaines, de la créativité et un zeste des arômes”, suit cette grande mode mercatique du moment, invitant ses clients à une supposée immersion mémorielle et historique propre déjà à l’Europe vendeuse, sauf que dans la Grèce du mémorandum, cette pratique se généralise. 

 

Café Néon, rénové. Place Omónia, Athènes, juillet 2015

 

Café Néon vers 1930-1940. 

 

Café Néon, rénové. Immersion mémorielle. Athènes, juillet 2015

 

Café Néon, la presse en parle. Athènes, juillet 2015


Exemple assez réussi il faut dire, le café Néon place Omónia, ouvert en 1920 et fermé depuis plusieurs années, il vient d’être rénové par une grande chaîne de restauration et de pâtisserie - boulangerie. Ses murs sont décorés avec des photos anciennes, l’immersion mémorielle participe du concept... de vente.

La Grèce aime contempler ses anciens clichés car l’époque semble bloquée... au point mort, l’avenir demeure obscur, à l’instar de celui... des Tsipriotes signataires du mémorandum III. Cette semaine en tout cas, les nouveaux habitués du café, n’ont pas manqué de sujets de conversation. Il y a de quoi... bavarder, entre le présumé hacking de Varoufákis, la nouvelle parousie de la Troïka, ou les déchirements au sein de SYRIZA, toute la presse en parle.

D’après le grand quotidien... mémorandiste “Kathimeriní” (repris aussitôt par la presse française), Yannis Varoufákis avait œuvré... “pour la conception d’un système de paiement parallèle qui permettrait au pays, si d’aventure la BCE devait lui couper les vivres, de continuer à créer de l’argent sans planche à billets. ‘J’avais réuni une équipe très compétente, une équipe réduite qui devait rester secrète pour des raisons évidentes’, explique Varoufákis, qui s'est donc mis au travail dès l'arrivée de SYRIZA au pouvoir. Concrètement, il se serait agi d'utiliser le site de l’administration fiscale grecque (leur impots.gouv.fr), où tous les particuliers et toutes les entreprises ont renseigné leurs coordonnées bancaires, pour le transformer en une banque virtuelle où chacun aurait vu son compte crédité d’un certain montant. Les échanges monétaires auraient eu lieu via cette plateforme”.

“Problème: pour mettre en place ce système, il fallait récupérer les données du site des impôts grecs. Or, celui-ci était placé sous l’œil de la troïka - autre information non négligeable issue de ces révélations. Varoufákis a donc autorisé un de ses proches amis, spécialiste en technologies de l’université de Columbia, à hacker le système informatique de (son) propre ministère afin de pouvoir copier le code du site des impôts sur un ordinateur dans son bureau”. 

 

L'Eurogroupe. “Quotidien des Rédacteurs”, juillet 2015

 

Par la suite, un enregistrement sonore a été publié sur Internet par un institut de recherche dont l'un des membres participait à la discussion du 16 juillet (en anglais) avec l'accord de Yanis Varoufákis, ce qui tient à prouver la véracité de ses propos. Les mémorandistes... sépulcraux, réclament depuis... la tête de l’ex-ministre, des poursuites ont été engagées. Au Royaume de la pourriture, les... parasites d’Athènes ont constamment l’habitude du dernier mot (après celui bien évidemment de leurs maîtres-fous, troïkans).

Le problème n’est pas Varoufákis, ce qui ne veut pas dire que son rôle dans les affaires courantes de la Grèce de l’Apocalypse vers... la fin de l’Euro, soit claire, ou en tout cas décryptable, hormis pour les historiens du futur, sauf que le grand embarras résulte alors de cette prise du contrôle... clés en main, du logiciel fiscal grec par la Troïka. C’est donc le hacking officiel (ou officieux) qui devient condamnable aux yeux des mémorandistes, et non pas, l’usurpation de la souveraineté restante au profit de Bruxelles et de Berlin. L’histoire ne se répète pas, ou alors comme une farce, sauf que Marx n’avait pas connu la... dématérialisation de la farce désormais numérisée.

Cependant, même la presse mainstream rapporte finalement les faits, sans trop s’attarder pour autant sur les conséquences à en déduire: “Au cours de son entretien téléphonique, Yánis Varoufákis a également évoqué le rôle joué par le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, dans les négociations. Fermement opposé à une réduction de la dette grecque, Schäuble s’est en revanche prononcé pour un Grexit provisoire qui pourrait se révéler bien plus coûteux pour ses créanciers. Comment expliquer alors une telle position ? Pour Varoufákis, c’est clair: le plan de Schäuble, ‘tel qu’il me l’a décrit’, est d’éviter une union monétaire fonctionnant avec un Parlement (comme le suggérait encore récemment François Hollande).”

“Dans cette optique, affirme Varoufákis, Schäuble lui a ‘dit explicitement qu’un Grexit lui donnerait assez de pouvoir de terreur pour imposer à la France ce que Paris refuse. De quoi s’agit-il ? Transférer une partie de la souveraineté budgétaire de Paris à Bruxelles’. Et d’ajouter, dans The Telegraph, que le ministre allemand des Finances sait parfaitement que le troisième plan d’aide, dont les discussions viennent de commencer à Athènes, ‘est voué à l’échec’, mais que son objectif demeure de faire sortir la Grèce de la zone euro. ‘Il n’y aura pas d’accord le 20 août’, parie Varoufákis.” Sable mouvant. 

 

Façade à Athènes, juillet 2015

 

L'Assemblée des femmes d’Aristophane. Théâtre National, Épidaure, 2015

 

Hôtel refait. Athènes, juillet 2015

 

Signe des temps, le Théâtre National présente cet été à Épidaure, “L'Assemblée des femmes”, comédie grecque antique d’Aristophane écrite vers 392 av. J.-C. Il était encore question de sauver la cité. Les Athéniennes, à l'instigation de l'une des leurs, Praxagora, se rassemblent à l'aube sur l'agora pour prendre à la place des hommes les mesures qui s'imposent pour sauver la cité. Le lendemain matin, les hommes découvrent alors avec stupéfaction les réformes que les femmes entendent adopter: mise en commun des biens, droit pour les femmes les plus laides et les plus âgées de choisir un compagnon. Vieux problèmes... tout comme le monde.

Et comme la cité n’est toujours pas sauvée, nos stigmates du quotidien se mélangent, le plus souvent en s’ignorant. Tandis que sur la Place de la Mairie, les agents du service municipal en charge des animaux... adespotes (sans maîtres) proposent des adoptions aux familles en balade, trois cent mètres plus loin, il y a grande cohue devant l’entrée de l’unique pharmacie publique, autrement-dit, directement gérée par le... fantôme de la Sécurité Sociale grecque. Ultime espoir pour se procurer un médicament devenu rare et souvent inaccessible pour cause de coût. Il n’y aura pas pour tout le monde, c’est... déjà compréhensible. Les gens deviennent agressifs, c’est la guerre des (pauvres) malades. Athènes, 2015. 

 

Animaux adespotes à adopter. Athènes, juillet 2015

 

Devant l’entrée de l’unique pharmacie publique. Athènes, juillet 2015

 

Athènes du moment, juillet 2015

 

Le drame de la Gauche... adespote ou despotisée demeure pour l’instant entier. Lundi 27 juillet, la Plateforme de Gauche célébrait le cinquième anniversaire de son site Internet iskra.gr. Pour Panagiótis Lafazánis comme pour ses camarades, la seule voie possible hors mémorandum est celle qui conduira à l’abandon de la zone euro.

“Nous restons fidèles au programme de SYRIZA, celui pour lequel nous avons été élus et nous nous battrons jusqu'au bout pour la victoire du NON”, voilà pour l’essentiel du programme. Tout le monde aura noté la présence de Manólis Glézos, lequel a pris la parole pour se différencier de Panagiótis Lafazánis quant à l’urgence de rompre ou pas avec l’euro. Cependant, Manólis résistant en 1941 déjà et alors grande personnalité de la Gauche grecque (et européenne), a aussi lancé un appel solennel à la “Résistance contre cette nouvelle occupation allemande, réaffirmée par le mémorandum III”.

Manólis Glézos, visiblement en colère, a affirmé “que SYRIZA n'a pas de propriétaires” avant de se demander: “Quel rapport existe-t-il, entre SYRIZA, et le gouvernement de l'Hôtel du Premier ministre ? Ce troisième mémorandum est le pire de tous les autres, rien que parce qu'il a été signé par ce gouvernement-là (SYRIZA)”. L’événement de la soirée était de taille, pourtant, la radio 105,5 (SYRIZA), n’a pas jugé utile de le retransmettre en direct, contrairement à ses habitudes. 

 

Rassemblement de la plateforme de Gauche (Manólis Glézos et Panagiótis Lafazánis). Athènes, le 27 juillet

 

Panagiótis Lafazánis, Athènes, le 27 juillet

 

Manólis Glézos, Athènes, le 27 juillet

 

Pour Státhis Kouvelákis, philosophe francophone, membre du Comité central de SYRIZA et figure de la Plateforme de Gauche, “La seule chose qui reste sous contrôle de l’État grec est l’appareil répressif. Et on voit bien qu’il commence à être utilisé comme avant, c’est-à-dire pour réprimer des mobilisations sociales. Les gaz lacrymogènes déversés sur la place Sýntagma du 15 juillet, suivis d’arrestations de militants, de passages à tabac et maintenant de procès devant les tribunaux de syndicalistes, ne sont qu’un avant-goût de ce qui nous attend lorsque la situation sociale se durcira, lorsque les saisies des résidences principales se multiplieront, lorsque les retraités subiront de nouvelles coupes dans leur retraite, lorsque les salariés seront dépossédés du peu de droits qu’ils leur restent. Le maintien du très autoritaire Yannis Panoússis comme ministre responsable de l’ordre public, et qui se voit également confier le portefeuille de l’immigration, est un signal clair du tournant répressif qui s’annonce”.

“Du côté des proches de Tsipras, le ton devient extrêmement agressif envers ceux qui sont en désaccord avec les choix qui ont été faits. Il est très choquant de voir que certains membres du parti reprennent mot pour mot les arguments propagés par les médias, jusqu’aux calomnies qui présentent les défenseurs de plans alternatifs, comme Varoufákis ou Lafazánis, comme des putschistes, des comploteurs de la drachme, des alignés sur le Grexit, façon Schäuble.”

“Ce débat (sortie de l’euro) n’a jamais véritablement eu lieu — ou, plutôt, il n’a eu lieu que de façon limitée, au sein de SYRIZA, pendant les cinq dernières années. Et ce fut toujours contre la volonté de la majorité de la direction du parti, par une sorte d’état de fait créé par le positionnement d’une minorité substantielle en faveur d’une sortie de l’euro, comme condition nécessaire pour la rupture avec les politiques d’austérité et le néolibéralisme. La majorité de la direction du parti n’a jamais vraiment accepté la légitimité de ce débat. La sortie de l’euro n’était pas présentée comme une option politique critiquable avec des inconvénients qui justifiaient un désaccord. Elle était purement et simplement identifiée à une catastrophe absolue. Systématiquement, il nous était reproché que si nous défendions la sortie de l’euro, nous étions des crypto-nationalistes ou que la sortie de l’euro entraînerait un effondrement du pouvoir d’achat des classes populaires et de l’économie du pays. En réalité, c’étaient les arguments du discours dominant qui était repris par nos camarades.” 

 

La cartographie en exposition. Athènes, juillet 2015

 

Touristes à Athènes, juillet 2015

 

Touristes à Athènes, juillet 2015

 

En ce moment même à Athènes, la Fondation pour la Culture d’une grande banque, propose son exposition sur le regard des cartographes et la Grèce. Les cartes du monde changent, celle de SYRIZA est plutôt déchirée. La bataille fait alors rage pour le contrôle du parti, entre Tsipriotes... et Lafazanistes.

Alexis Tsipras laisse entendre qu’un congrès extraordinaire pourrait se tenir très rapidement, peut-être même en ce mois d’août. Je suppose, que cette volonté si urgente, veut tenir compte du calendrier éventuel de Wolfgang Schäuble, car personne n’est en mesure de prévoir quelle sera la situation de la Grèce, déjà vers le 20 août, date où arrive à échéance une certaine créance. La Troïka, c’est à dire Berlin, exige de nouvelles mesures (non incluses) au préaccord de juin, rien de très rassurant en effet... pour l’été Tsipriote. 

 

Bois pour l'hiver. Thessalie, juillet 2015

 

L’Europe s’assombrit. Comme nous le rappelle dans son excellent papier Vladimir Caller depuis la Belgique et (depuis) sa Gauche, “vers la fin du processus de réunification allemande, le chancelier Kohl se trouva confronté à un dossier colossal. Il s’agissait d’absorber l’économie de l’Allemagne de l’Est et ses presque 15 000 entreprises d’État et coopératives et ses, grosso-modo, 5 millions de salariés. A quoi il fallait ajouter des millions d’hectares de terres agricoles et, plus généralement, le patrimoine d’État de l’ancienne RDA. Pour assumer cette tâche, le chancelier trouva la perle rare: un certain Wolfgang Schäuble, lequel s’engagea avec passion dans la création et la gestion du Treuhandanstalt (dit, par facilité, ‘Treuhand’), un fonds public destiné à récolter le produit des privatisations et financer ainsi la dette du pays.”

“L’ensemble de l’opération fut jugé par les uns comme une réussite magistrale de capitalisation d’actifs et par les autres comme le pillage du siècle. Sur le plan social, environ 2,8 millions de travailleurs est-allemands perdirent leur emploi.” 

Friche commerciale. Thessalien, Trikala, juillet 2015

 

“Un quart de siècle plus tard, le même Wolfgang Schäuble se propose de récidiver mais cette fois en délocalisant son savoir-faire en Grèce. C’est en effet lui qui obtint qu’une clause créant un fonds similaire soit ajoutée à l’accord signé ce 12 juillet. Il souhaitait même que ce fonds, destiné à accueillir les montants des privatisations des ports, chemins de fer, aéroports, etc., soit placé dans une société publique située au Luxembourg et dont il est lui-même membre du conseil d’administration. Manière de s’assurer que ces fonds soient bel et bien destinés à rembourser les créanciers, parmi lesquels l’Allemagne figure en toute première place.”

J'ajouterais cependant ceci: après l'annexion de la RDA, l’élite de l'Allemagne a mis en exécution ouverte, son vieux projet colonial... européen et depuis un certain temps, européiste. Et c'est précisément cet européisme partagé et ingurgité par SYRIZA Tsipriote (comme par Pierre Laurent) qu’a fait basculer SYRIZA en seulement six mois, au lieu de trois à quatre décennies nécessaires pour les effrayants sociaux-démocrates, mais c’était durant un autre siècle.

L'histoire s’accélère... sauf que cet été, les figues grecques ont bien eu du retard ! Nous laisserait-elle loin derrière ? Les derniers événements ont été vécus comme un immense choc en Grèce et bien au-delà. D'abord, il y a eu l'immense joie populaire aussitôt après le référendum, ensuite, cette colère sombre et qui depuis hante tous les esprits. 

Le retard de figuiers. Thessalie, juillet 2015


Certains amis, cadres de la Plateforme de Gauche, et pour l’instant membres au Comité central SYRIZA, estiment que le... label même SYRIZA serait “grillé”, et peut-être autant, celui de la Gauche tout court, si les intéressés ne bougent pas assez et cela, très rapidement. 

 

Construction à vendre. Trikala, juillet 2015

 

Les beaux objets de la vielle Allemagne. Athènes, juillet 2015


Sable mouvant alors entre deux canicules et trois mémoranda. À Athènes on vend toujours les beaux objets de la vielle Allemagne et ailleurs en Grèce... on prend encore le temps d’une petite sieste... sur les châssis des camions qui ne bougent plus vraiment. Bel été ! 

 

On prend le temps d’une petite sieste. Grèce, juillet 2015

 

 

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