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A Saint-Denis, l’Etat laisse tomber les enfants malades

04 juillet 2015 | Par Caroline Coq-Chodorge

À Saint-Denis, un enfant atteint de troubles psychiques doit attendre un an pour être pris en charge par le service de pédopsychiatrie. La situation va encore s’aggraver en raison d’un plan d’économies drastique, sans comparaison en France, qui frappe l’hôpital Delafontaine. Car en catimini, le gouvernement fait des économies sur les soins aux patients précaires....

...C'est l’heure des départs en vacances....La psychomotricienne explique avec douceur à une mère que la structure est menacée, qu’elle ne fonctionnera peut-être plus à la rentrée. La mère lui assure qu’elle fera « tout ce qu’il faut » pour que son enfant reçoive des soins. Elles se quittent avec le sourire, la situation est grave pourtant. Le centre médico-psychologique de la rue Auguste Poullain, à Saint-Denis, suit 71 enfants, âgés de quelques mois à 6 ans, qui présentent des troubles envahissant du développement, s’apparentant souvent à de l’autisme. Ces enfants ont des difficultés de langage, des difficultés à créer du lien, à reconnaître l’autre. Ils sont souvent agressifs, ils épuisent l’école, leur famille. Ils devraient être pris en charge de manière « précoce, spécialisé et intensive », explique la psychiatre Sarah Stern, qui travaille depuis douze ans dans le secteur de pédopsychiatrie de Seine-Saint-Denis. C’est elle qui a créé ce centre « avec une certaine idée du soin ».

Elle jette aujourd’hui l’éponge, car elle ressent « un sentiment de dénuement total ». Le CMP a une liste d’attente de six mois, une éternité pour des petits enfants. L’équipe est réduite au strict minimum : une psychomotricienne à mi-temps, une orthophoniste au tiers temps, un poste et demi de psychologue et un mi-temps de psychiatre. Pour réduire autant que possible la liste d’attente, les consultations et rendez-vous sont espacés. « On est face à une horde d’enfants malades, souvent cloîtrés chez eux à regarder la télé. Pour ceux qui sont suivis, la proposition de soins est grotesque, se désole Sarah Stern. Je suis comme un néphrologue [un spécialiste des maladies du rein], qui ne pourrait donner qu’une demi-dose de médicaments, et qui dirait “on verra bien”. Il y a une vraie perte de chance. Ce n’est pas mon éthique, c’est de la maltraitance. »...

...L’autre centre médico-psychologique, qui accueille les enfants à partir de 6 ans, a une liste d’attente de près d’un an, des postes vacants à la rentrée, peut-être pas remplacés. La maison des adolescents n’a plus de psychiatre responsable depuis un an et fait attendre cinq mois des jeunes en souffrance. Un des deux jardins d’enfants thérapeutiques a déjà fermé. Ce « lieu intermédiaire » accueille 20 enfants une demi-journée par semaine, en parallèle de leur scolarisation...

...Sont aussi remis en cause les séjours thérapeutiques d’une semaine, organisés chaque année, « qui sont pourtant si précieux, si thérapeutiques », explique la psychologue Isabelle Gauvrit. Ces séjours sont d’autant plus compromis que le minibus du centre est déglingué, faute d’entretien.

« La prise en charge des enfants est fragilisée, les professionnels se découragent, craquent, partent et sont rarement remplacés »soupire Hervé Bentata, psychiatre et chef du service de pédopsychiatre. Et cette instabilité chronique n’est pas sans conséquences : « Le lien noué avec l’enfant est très important, sa permanence est thérapeutique. Chaque fois qu’il est mis à mal, on aggrave la pathologie de l’enfant », poursuit-il. ... ...ces défauts de prise en charge ont un coût pour la société : « Si ces enfants ne parviennent pas à mettre en place un langage, ils ne pourront pas accomplir leur vie. »...

...Contacté, le ministère de la santé n’a pas répondu à nos questions. La Fédération hospitalière de France, ... admet que « les hôpitaux confrontés à un public en grande précarité doivent faire face à des contraintes supplémentaires et significatives ». Peut-on parler de discrimination territoriale, punie par la loi depuis 2008 ? Le syndicat Sud,... envisage une action en justice. La directrice de l’hôpital, Yolande Di Natale, assure se « battre pour que la spécificité de cet hôpital soit reconnue. Je demande de l’aide aux pouvoirs publics. La société doit prendre position sur les soins dus aux populations les plus précaires ».

Lire l'intégralité du reportage sur le site de Médiapart.

A Saint-Denis, l’Etat laisse tomber les enfants malades

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