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« Ne me parlez plus de la gauche »…

Ou quand une initiative de la Fondation Abbé pierre met en lumière les dérives les plus réactionnaires du PS pendant que les forces politiques se réclamant de la gauche regardent ailleurs.

Il ne décolère pas Fathi BOUAROUA le directeur régional de la Fondation Abbé Pierre…et nous non plus avec lui : « Ne me parlez plus de la gauche ! Moi je ne suis pas de gauche ni de droite, mais du côté des opprimés ! »

On le comprend sans peine. Déjà il y avait eu en 2009 cette manifestation emmenée par des élus PS/PC contre une autre initiative de la fondation Abbé Pierre, la création d’un centre d’accueil pour les Rroms et là aujourd’hui c’est la création de bains-douches qui est l’objet de la colère et du refus d’une partie de la population à la tête de laquelle on retrouve Jean Noël GUERINI et Lisette NARDUCCI sa colistière départementale et maire de secteur.

Les bains-douche c’est pourtant une nécessité vitale pour nombre de sans-abris mais l’argument adopté par les opposants est toujours le même : « il ne faut pas rajouter de la misère à la misère ». Du Rocard dans le texte.
Comme si le problème était la concentration de gens des milieux populaires et non leur niveau de vie. Il est significatif que ce sont les mêmes qui, ayant en charge l’aide sociale au département, font des choix que Rouges Vifs 13 conteste tout au long de l’année, qui disent aux pauvres « allez vous laver ailleurs ! ».

Ils doivent aller où ? A Saint Tropez pour éviter la ghettoïsation ?

Comme le dit avec force Fathi : « Est-ce qu’on envoie des chasse-neiges sur la Croisette quand il neige à Embrun ? Là c’est pareil. Nous voulons l’installer là car nous savons que les sans-abris passent par là entre l’unité d’hébergement d’urgence et le centre-ville. Cette structure pourra également bénéficier aux gens du quartier qui n’ont parfois qu’un lavabo pour se laver. L’accueil de jour que nous avons dans le secteur est prévu pour 100 personnes. Il en accueille 350 avec deux douches. Et il n’y en a pas ailleurs dans la ville. Nous avons saisi l’opportunité d’acheter ce local pour y réaliser dix douches pour les hommes, huit pour les femmes et deux pour les familles. Il y aurait aussi un vestiaire et des consignes. »

Si dans le quartier il est des habitants à soutenir le projet comme ce patron de bar qui déclare [1] « Les sans-abris, ce ne sont pas des pestiférés. S’ils doivent venir prendre la douche et se changer, moi je suis pour. L’abbé Pierre, il a toujours fait que du bien. », d’autres sont férocement opposés et bénéficient du soutien des deux élus PS qui surfent sur la vague du rejet de l’autre que nourrit la phase actuelle d’approfondissement de la crise.

Car il est bien là le problème. Dans la période aigue de crise du capitalisme que nous connaissons, dans le moment où celui-ci multiplie les guerres à l’extérieur et les discriminations à l’intérieur le rôle de dirigeants politiques qui se réclament du mot gauche au sens historique du terme serait de dire à la population : « Ne nous trompons pas d’ennemis. L’ennemi ce n’est pas les pauvres mais la pauvreté. La solution n’est pas l’exclusion mais le progrès social pour tous ». Mais là non. C’est tout le contraire qui est mis en œuvre et il n’y a personne ou presque « à gôche » pour tenir ce discours. Et pendant que Lisette Narducci déclare son intention de déposer un recours contre le permis de construire validé par la préfecture. [2], il n’y a aucune réaction politique indignée, aucune bataille de soutien à l’initiative de la Fondation Abbé Pierre.

Guérini que le projet rend « furibard » [3] propose que les pauvres aillent se laver ailleurs, et pourquoi pas dans un bâtiment municipal à Arenc-Bachas dans le 15ème, sur le territoire de la mairesse Samia GHALI... lieu prévu initialement pour l’implantation ce qui n’avait pas pu se faire à cause de l’opposition de la mairie…

La Fondation Abbé Pierre n’est contre aucun lieu, ce qu’elle veut simplement c’est que cela se fasse enfin (pour mémoire Paris dispose de près d’unevingtaine de bains-douches municipaux). Mais elle se heurte à une autre difficulté. Revenir à Arenc Bachas veut dire revenir dans le périmètre d’Euroméditerranée et là, comme le dit Patrick PADOVANI élu à la ville " Depuis 20 ans, Euroméditerranée tente de créer sur cet espace du bâti attractif (sic !), de favoriser le développement économique et le rayonnement de Marseille. Ce n’est pas d’ouvrir quelque chose (resic !) de cet ordre-là" [4] Evidemment on ne va pas laisser des pauvres au milieu d’un quartier destiné aux affaires et à la bourgeoisie…

Finalement Fathi a peut-être une bonne idée (ou plutôt met à jour involontairement l’idée des autres) quand il parle d’Embrun. Une idée qui rappelle celle d’Olivier GUICHARD en 1974, alors ministre de l’aménagement du territoire qui proposait sans rire, de déménager les pauvres de Marseille vers les Alpes pour les reconvertir, entre autres, dans la distillerie de lavande…

Pour ceux qui nous gouvernent le problème ce n’est pas seulement les bains-douches mais les pauvres qu’il faut cacher surtout quand on veut faire de la Provence la Californie de l’Europe projet au nom duquel on a conçu Euroméditerranée qui semble faire consensus parmi les tous les élus politiques. On peut d’ailleurs lire les nombreux articles que Rouge midi a consacrés au sujet [5]

Il y a heureusement, au plan local, des femmes et des hommes que Rouges Vifs 13 soutient pour les départementales et qui s’engagent en politique non pas pour des raisons électoralistes mais au nom de valeurs auxquelles ils croient. Irène PERRIN TOININ candidate PCF a pris une position claire " j’apporte mon soutien entier et indéfectible au projet de la Fondation Abbé Pierre d’aménager des bains publics dans un local désaffecté rue de Crimée. Le droit à l’accès à l’eau potable est un droit de l’Homme fondamental. Or, la situation de notre quartier en particulier est urgente. Les pouvoirs publics sont déficients, du fait de l’absence de services publics : absence de bains-douches municipaux, très peu de points d’eau potable. Répondre aux besoins d’aide à la personne, d’hébergement, de santé publique, c’est éloigner la misère de nos quartiers."

Quand on demande à Hacen DEKHIL, candidat de Marseille Résistance au côté d’Irène, ce qu’il pense de ceux qui s’opposent aux bains douche pour les SDF, sa réponse fuse : « ils ne pensent qu’a être élus et s’en foutent de l’être humain. Moi j’ai participé à des distributions de nourriture pour des gens démunis et je me disais : il ne pourrait pas y avoir un endroit pour qu’ils puissent se laver, se changer…Quand j’ai appris qu’il y allait avoir ce bain douche j’étais content. Mais là où ils veulent les mettre ? Rajouter de la misère à la misère c’est de la fumisterie. Soi-disant ça dérange le voisinage en fait ils font ça par rapport à l’élection ».

C’est clair, net et sans bavure. C’est du côté des opprimés.

 

[1Marsactu du 22 2 2015

[2"Je gère l’action sociale au conseil général, dit-elle. On ne peut pas m’accuser d’être anti-sociale. Mais nous avons déjà 30 structures de ce type à la Belle de Mai. Vous croyez qu’il est judicieux d’en ajouter une nouvelle ? J’avais obtenu de [l’adjointe à l’urbanisme] Laure-Agnès Caradec qu’elle donne un avis défavorable au permis. Le préfet est passé outre. J’attaquerai ce permis." même source

[3même source

[4Marsacu 22 02 2015

[5en particulier Il Y a un projet pour Marseille (I) et suivants etla position de la CGT des quartiers Nord

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