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- LUTTE À LA PAUVRETÉ – ÉQUITÉ FISCALE, DOIT-ON ESPÉRER DES AVANCÉES ?

Par Robert Bibeau

De «l’État providence» à «l’État policier», les deux visages de Janus

En plein milieu de la crise économique capitaliste, la gauche réformiste ne veut pas admettre que la courte période historique de « prospérité » relative, la période de « l’État providence » est terminée et que la période de « l’État policier » et de l’austérité, de la liquidation des concessions consenties par la bourgeoisie a débuté.

 

Différentes tactiques sont présentées par la gauche bourgeoise pour arracher l’argent factice des mains des riches et pour le distribuer aux pauvres comme de : hausser le salaire minimum (SMIC); augmenter les prestations d’assistance sociale et d’assurance chômage; réduire les tarifs des services publics; construire des logements à loyer modique; implanter un programme universel de Revenu Minimum Garanti (RMG).

Pour ce faire, les bobos et la go-gauche suggèrent de hausser les impôts des riches et d’enrayer l’évasion fiscale des multinationales. Évidemment, ces « solutions » bidon ne seront jamais appliquées et si elles l’étaient, elles entraîneraient davantage de chômage, de misère populaire, l’inflation et la hausse des prix, des hausses de taxes et le surendettement de l’État bourgeois, jusqu’à la dévaluation drastique de la monnaie  et la dépression économique. Il est aussi vrai que de faire le contraire entraînerait le même désastre économique. C’est ce que nous allons démontrer.

Un analyste s’étonne que les mesures d’austérités annoncées par les différents gouvernements du Québec, du Canada et des pays d’Occident ne fassent pas diminuer les dépenses étatiques.

L’auteur se désole : « Quelle austérité ? Parce que les réductions de dépenses proposées par le gouvernement, mises en perspective, sont loin d’être aussi catastrophique que ça. En réalité, ce sont des peanuts » et l’analyste de poursuivre : « Le gouvernement dépense comme un matelot en permission depuis les années 60. On a institué des tonnes de programmes sans vraiment se demander s’ils étaient efficaces et justifiés ». L’auteur conclu que « Carlos Leitao (ministre des Finances du Québec), annonce la formation de deux commissions qui auront pour but de déterminer quelles dépenses peuvent être coupées et comment réformer la fiscalité » (1).


Cet analyste pense, comme bien des gens, que l’État (celui du Québec, du Canada, des États-Unis, de France, etc.) est dirigé par le gouvernement du peuple, élu par le peuple et pour le peuple (sic). Que cet État, au-dessus des luttes de classe et des contingences économiques capitalistes, peut faire ce qu’il désire à condition d’en avoir le courage et la vision grand-angle et le songe prémonitoire.

Aucun État, nulle part dans le monde, ne correspond à cette fricassée de propagande que l’on enseigne dans les universités, dans les écoles et sur les parvis des églises et des mosquées.
L’État dans toute société de classes est l’État-major – le lieu du pouvoir de la classe dominante. C’est le Conseil d’administration des patrons – des milliardaires et des entreprises privées – et cet État est assujetti aux lois économiques générales dont il ne peut disconvenir sous peine de faillir; qu’il ne peut transgresser sans crainte de s’effondrer.

Tous auront remarqué que le système économique mondial subit les contrecoups des crises systémiques globalisées et mondialisées. L’État du Québec (8 millions d’individus) ne fait pas exception à la règle. La crise mondiale ne trouve pas son origine à Québec ni sur la rue Saint-Jacques à Montréal où il se brasse trop peu d’affaires pour modifier la santé économique de la Terre.

Depuis Robert Bourassa (1985), chaque gouvernement québécois a annoncé qu’il mènerait des études, des révisions de programmes, des analyses fiscales, des commissions d’enquête (dont la commission de la libérale Forget) pour étudier les coupures à opérer, les programmes à abolir, le dégraissement des dépenses étatiques à effectuer et les taxes et les impôts à augmenter (traduction libre de l’expression candide : « réformer la fiscalité »). Tous les pays capitalistes du monde font les mêmes investigations et aboutissent aux mêmes conclusions.


Le résultat est connu – péquistes ou libéraux – les dépenses gouvernementales ne cessent de croître – lentement mais sûrement ! Pourquoi le grand capital a-t-il tant de difficulté à disloquer « l’État providence » des années soixante et à imposer la dictature et l’austérité de « l’État policier » ?

C’est que dans les pays développés comme le Canada, la France, le Royaume-Uni, L’Allemagne, les États-Unis, l’État fournit presque la moitié du très modeste revenu d’un prolétaire ordinaire et davantage pour un sous-prolétaire. Idem pour un petit bourgeois paupérisé. Sans mot dire, dans l’ensemble des sociétés impérialistes nous assistons à la transformation de l’État libéral bourgeois en État impérialiste corporatiste que nous prénommons « l’État policier ». 

On constate ce processus par l’accélération de la tendance à la prise en charge par l’État de l’entretien et de la reproduction de la force de travail. L’État impérialiste assure une part grandissante du revenu des ouvriers, via les prestations de revenus indirects et même par le salaire direct (l’État étant le plus grand employeur dans tous ces pays), tout en grugeant ces revenus essaimés autant qu’il peut le faire, tant par la dégradation des prestations sociales, la réduction des services de santé et d’éducation, qu’en augmentant les impôts et les taxes que paient les salariés et en laissant l’inflation grugée le pouvoir d’achat des salariés.


Il n’y a aucun désengagement « néo-libéral » de l’État impérial


On est loin du soi-disant désengagement de l’État « néo-libéral » (sic) dont les gauches de toutes obédiences nous remplissent les oreilles. C’est tout le contraire. En 2008, on a vu l’ampleur de l’engagement de l’État des riches en ce qui concerne le sauvetage des banques et des institutions du secteur financier. On le voit maintenant dans la restructuration des rapports de production et dans la prise en charge d’une part croissante du revenu ouvrier et salarié, c’est-à-dire dans la mission d’entretien et de  reproduction de la force de travail.

Si demain l’État des riches, au Québec, au Canada, en France ou aux États-Unis coupait ses dépenses de 50 %, ce sont des dizaines et des centaines de milliers d’emplois qui seraient abolis, des centaines de milliers de travailleurs consommateurs qui n’auraient plus un sou pour acheter-consommer et des milliers d’emplois qui seraient ensuite abolis dans les magasins et dans les usines (frappant directement le captal monopoliste léthargique).

Des centaines de milliers de propriétaires hypothéqués qui rendraient les clés de leurs propriétés et des dizaines de banques qui feraient faillite croulantes sous les créances impayées. Cette catastrophe économique entraînerait l’effondrement des revenus (taxes et impôts) des États bien au-delà de la baisse de la moitié des dépenses planifiées, ce qui signifierait que même dégraissé de la moitié de ses dépenses, le budget de l’État entraînerait tout de même un déficit budgétaire étatique.

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Ça s’appelle une contradiction


Il suffit de visiter la Grèce où de telles coupes budgétaires (moins drastiques toutefois) ont été appliquées pour comprendre que de jeter 50 % de la population d’un pays dans l’indigence ne constitue pas une solution à la crise économique et étatique capitaliste. Pas davantage que de faire tourner la planche à billets et d’ouvrir le crédit illimité, d’augmenter le SMIC et d’implanter un revenu minimum garanti ne constitue une alternative de croissance économique (!)

Nous convenons aisément que de poursuivre les programmes de dépense gouvernementale tels que nous les connaissons présentement ne pourra mener qu’à l’effondrement économique et étatique. La politique inverse mènerait aux mêmes résultats. Bref, tous les États capitalistes achètent du temps – un sursis – avec leurs politiques de ralentissement des dépenses de programmes et leurs endettements catastrophique.

Mais ils ne peuvent faire autrement, car si les ouvriers grecs n’ont pas encore détruit l’État bourgeois, et que la petite bourgeoisie gauchisante s’engage dans la supercherie Syriza, rien ne certifie que si tous les prolétaires d’Europe et d’Amérique étaient soumis aux fourches caudines de l’oligarchie financière – il ne se produirait pas un grand soulèvement intercontinental qui pourrait être le début de la solution à la crise systémique du capitalisme.

Le contrat social capitaliste

Le contrat social capitaliste a été rompu – l’ouvrier est disponible et disposé à travailler et à se laisser exproprier sa plus-value; le capitaliste est disponible et disposé à investir son capital pour le valoriser, le reproduire et l’accumuler, mais les occasions d’affaires profitables sont inexistantes. Le capital est disponible, mais il ne trouve pas à se valoriser et à produire de la plus-value ce qui constitue sa raison d’être et son déclin assuré. Les rapports de production capitalistes entravent le développement des forces productives et la valorisation du capital. Le système capitaliste et l’État capitaliste ont failli et doivent être remplacés par un nouveau mode de production planifié. Aucun parti politique bourgeois (y inclut Syriza et Podemos) ne propose cette alternative aux ouvriers. Le prolétariat devra donc reconstruire ses organisations de classe révolutionnaire s’il souhaite aspirer à l’hégémonie et construire le socialisme sous la dictature du prolétariat.

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L’impossible austérité nécessaire

Quelques économistes aussi « progressistes » que le nobélisé Joseph Stiglitz ex-conseiller du Président américain Bill Clinton, et l’altruiste Thomas Piketty, à la remorque du millionnaire John Maynard Keynes, le parti Syriza en Grèce et le Podemos en Espagne, attestent tous qu’il en va de la survie du capitalisme et qu’il faut augmenter les revenus des salariés pour relancer la consommation (2). On en vient à ne plus comprendre. L’économie impérialiste s’écroule, les thuriféraires universitaires, les Nobels d’affaires et les partis de « gauche » (sic) ont trouvé la solution (augmenter les revenus des consommateurs afin de relancer la demande, ce qui ferait redémarrer l’offre) et les magnats de la finance, les capitaines d’industrie, leurs larbins politiciens n’écoutent rien et refusent d’appliquer le remède qui pourrait sauver tous leurs biens. Comment expliquer une telle contradiction entre la raison et les centres de décision ? C’est que la « solution » des sommités de l’économie est bidon et les pontifes de l’économie politique capitaliste ronronnent pendant que la gauche bourgeoise s’époumone. C’est que l’argent que la gauche bourgeoise voudrait taxer n’existe que sur papier et bien souvent elle ne représente aucune valeur d’usage ni aucune valeur d’échange (aucune marchandise). La preuve en est qu’au prochain krach boursier ces « richesses » sur papier vont s’évaporer comme elles sont venues, dans les vapeurs délétères et la fumée de narguilé.

Qui s’assemble se ressemble

Traitons maintenant de deux incongruités difficiles à expliquer. L’appareil syndical du Conseil du Travail du Canada et de la Confédération des Syndicats Nationaux, le parti social-démocrate Québec Solidaire, le Nouveau Parti Démocratique du Canada, son vis-à-vis fédéral, et différentes sectes opportunistes de la gauche réformiste comprenant plusieurs scribouilleurs de service, font cohues avec le Conference Board of Canada et la Chambre de Commerce du Québec. Tous ces baladins conviennent avec l’ONG – OXFAM que la richesse est mal distribuée dans nos sociétés et toutes ces institutions souhaitent une taxation plus équilibrée, la lutte à l’évasion fiscale et l’établissement d’un programme de revenu minimum garanti (RMG). La gauche et la droite enfin réunies sous le parvis de l’Assemblée nationale des députés et des représentants au parlement.

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L’iniquité des revenus et l’injustice du fisc

Nous allons lever le voile sur ces chimères « répartitaires ». Confrontés à la crise systémique du mode de production capitaliste les multiples courants politiques, de la droite comme de la gauche bourgeoise, sont unanime et clament qu’un Nouveau Monde capitaliste est à inventer (sic). Réformer le vieux capitalisme moribond est le fonds de commerce de la gauche pudibonde. À l’exemple de Warren Buffet le multimilliardaire, ces thuriféraires réclament une plus juste répartition des revenus, et trouvent indécent que les un pour cent accaparent 50 % du patrimoine mondial, alors que les 99 % restants se partagent le 50 % résiduel. OXFAM prédit qu’en 2016 « [la] part du patrimoine mondial détenu par les 1 % les plus riches dépassera les 50 pour cent. Présentement, 80 personnes possèdent autant de richesses que 3,5 milliards de personnes. Quelques milliards d’individus subsistent dans une immense pauvreté, sans eau potable, et avec moins de 2 dollars par jour pour se nourrir et se vêtir. La fortune des 3 multimilliardaires les plus riches équivaut au PIB des 48 pays les plus pauvres. Il y a sur Terre, 10 millions de millionnaires dont la fortune globale s’élève à 40 700 milliards de dollars. On estime que 10 % les habitants de la planète concentrent 87 % de la richesse. Dans le monde, le marché des stupéfiants est estimé à 500 milliards de dollars. Celui de la publicité est à peu près équivalent. Ce sont autant de dépenses improductives, gourmandes en profits non valorisés » (3).

Le paradoxe capitaliste

Comment de telles calamités peuvent-elles se produire alors que tant d’opposants et de représentants semblent réclamer l’arrêt du gaspillage, la fin de l’évasion fiscale et la cessation des injustices sociales? Aucun de ces prétendants à un divan au parlement ne résoudra cette énigme, car nul ne connaît l’origine de cette contradiction qui fait que l’accumulation des richesses, ce qui est inhérent au système économique capitaliste, entraîne l’incapacité d’une plus grande profitabilité du capital et donc l’impossibilité de sa distribution équitable. Quiconque résoudrait ce paradoxe, sauverait le mode de production capitaliste et de ce fait l’hégémonie des riches sur le fric.

Examinons quelques données complémentaires aux litanies chiffrées que nous ont assénées les plumitifs journalistiques. L’économie financière (flux en dollars) est 30 fois supérieure à l’économie réelle (PIB mondial). Le PIB mondial est d’environ 75 000 milliards de dollars. Le montant des transactions financières est quant à lui d’un million de milliards de $; de ce montant seul 3 % correspondraient à des biens et des services tangibles et réels (des valeurs d’usage et des valeurs d’échange), le reste de ce capital – crédit – en circulation serait le fruit des opérations de spéculation (4). Ceci signifie, en simplifiant, qu’un grand pourcentage de la richesse des riches n’est qu’amulettes, pacotilles, verres brisés, papiers bancaires, actions et obligations sans valeur et monnaie de singe. Quand la bourrasque de la crise financière s’engouffrera à la bourse, tous ces papiers de change, ces « produits boursiers dérivés », ces produits spéculatifs toxiques s’envoleront en fumée en une journée. Le milliardaire d’hier se retrouvera nu comme un vers.

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La semaine prochaine nous éluciderons le mystère de la croissance capitaliste impossible à long terme. L’analyse économique sera très technique.

 

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