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À quand la lumière et la justice sur le massacre d’Odessa ? article de l'Humanité Dimanche

VADIM KAMENKA de l’Humanite Dimanche

Jeudi, 5 Février, 2015

Le 2 mai 2014, une soixantaine de personnes meurent dans un incendie criminel à Odessa. les victimes, des militants de gauche, communistes, syndicalistes, opposants aux réformes de Kiev, fédéralistes… Depuis, nulle enquête judiciaire sérieuse n’a été lancée, le silence est imposé sur ce crime traumatisant qui a accéléré la crise et la défiance envers le pouvoir, et les attaques de forces fascistes se sont multipliées.

Membre du collectif pour la paix en ukraine, Irina (1), qui habite à Odessa, revient sur ce drame qui n’a débouché sur aucune action judiciaire. Elle est venue témoigner en France pour briser le silence dans les médias et de l’Europe.

« Odessa a toujours été une ville multiculturelle, où les gens vivaient pacifiquement les uns avec les autres. Le coup d’État qui s’est produit en février 2014 a divisé notre pays. Chez nous, deux courants se sont mobilisés, chacun ayant son quartier anti-Maïdan et pro-Maïdan. Des provocations ont éclaté à plusieurs reprises. Les tensions ont finalement conduit au drame du 2 mai 2014. Tout débute par une rencontre de football entre le Metalist de Kharkov et le club local, Tchornomorets. De nombreux hooligans, membres de Pravyi Sektor, ont infiltré les rangs des supporters. En marge de la rencontre, ils sont allés directement sur l’esplanade où étaient rassemblés les anti-Maïdan, davant la Maison des syndicats. Très rapidement, le campement est attaqué et les tentes brûlées. Devant cette violence, les centaines de militants se réfugient dans la Maison des syndicats. Mais les forces d’extrême droite, fascistes, décident de mettre feu au bâtiment et empêchent les gens de sortir. Ceux qui arrivent à s’enfuir sont attaqués. Aujourd’hui encore, nous ne savons pas exactement combien de nos amis, parents, voisins, camarades sont morts ce jour-là. Selon les informations que l’on a pu recueillir, plus d’une soixantaine ont perdu la vie, ce 2 mai. Le plus triste, c’est qu’aucune enquête officielle n’a été lancée.

« Les gens actuellement emprisonnés font partie des rescapés »

Au final, les habitants d’Odessa vivent dans la peur. La plupart n’osent plus protester ou s’exprimer. Un climat de terreur a gagné l’ensemble de la ville. Les nombreux courants alternatifs (gauche, PC, syndicalistes, intellectuels) présents ce jour-là ont été tués sans aucune condamnation. Les auteurs de ce massacre n’ont pas été poursuivis et certains d’entre eux participent à la vie politique de notre pays. Malgré des preuves matérielles nombreuses, des témoignages… aucune action en justice n’a pu être entreprise. Pire, des gens actuellement emprisonnés font partie des rescapés de l’incendie. On essaye de les faire taire en les incarcérant pour terrorisme. Il faut que les médias européens s’intéressent à ce drame. »

« Que fait l’Europe pour les victimes d’Odessa ? »

Membre de l’association des familles des victimes d’Odessa, Olena déplore le manque de soutien pour faire avancer l’enquête sur un crime qui a eu lieu au sein de l’Europe.

« J’avoue avoir du mal à réaliser qu’un tel drame ait eu lieu à Odessa. Cette ville, le long de la mer Noire, a toujours été un haut lieu culturel depuis plusieurs siècles. Le coup d’État du 21 février 2014 a favorisé la montée de mouvements de contestation. Si les protestations sur Maïdan bénéficiaient d’un élan populaire, elles ont été récupérées par les partis de l’opposition et les forces nazies et fascistes.

Le changement de pouvoir à Kiev a simplement permis à de nouveaux oligarques bien plus réactionnaires de prendre la place des anciens oligarques. À l’instar du richissime homme d’affaires Igor Kolomoïsky qui finance le parti nazi Pravyi Sektor et des milices fascistes, ces milliardaires (1) soutiennent pleinement les forces d’extrême droite. Le pouvoir à Kiev impose le silence sur ce drame ou bien parle d’espions russes déguisés en nationalistes ukrainiens qui seraient derrière l’incendie… Les familles des victimes mortes ce jour-là ont peur aujourd’hui de témoigner car on les stigmatise. Les membres de Pravyi Sektor vont directement les menacer avant les procès. Quant aux autres, ils sont accusés d’être des séparatistes ou des terroristes. Plus de 66 personnes sont décédées. Mon fils, ingénieur, proche des communistes, a rejoint le mouvement pour protester contre la dérive fasciste d’une partie du pouvoir. De quels éléments étrangers parle le pouvoir ? Il s’agit de journalistes, d’ouvriers, d’enseignants, de syndicalistes, des étudiants qui se sont retrouvés coincés dans la Maison des syndicats. Comment peut-on tuer des gens pour une opinion différente ?

Le silence autour de ce drame est le plus détestable. L’Europe et ses dirigeants si prompts à défendre les droits de l’homme, que font-ils pour les victimes d’Odessa ? Un an plus tard, ils continuent de soutenir les commanditaires. »

(1) Les prénoms ont été changés.

 

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