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Guernica, le célèbre tableau de Picasso dépeignant le bombardement par les Allemands de la ville espagnole en 1937

Guernica, le célèbre tableau de Picasso dépeignant le bombardement par les Allemands de la ville espagnole en 1937

(De notre envoyé spécial Jean Casanova – Cimetière du Père-Lachaise – 16, rue du Repos – Paris 20°).


Ils avaient tenu à être portés en terre au Père-Lachaise, tout près du Mur des Fédérés. Car, comme le dernier carré des Fédérés, fusillé le long du Mur, comme les 30 000 Parisiens fusillés dans les rues de Paris par Adolphe Thiers et ses Versaillais, Cabu, Wolinski, Tignous et Charb étaient des Communards, la plume et le crayon à la main, de la trempe de ceux qui avaient fait trembler la bourgeoisie durant les 100 jours de la Commune, ce premier embryon de la République Sociale.


Retour au cinéma et à 1965. Dans « La 317° Section » de Pierre Schoendoerffer, film qui relate la retraite forcée de la 317°, en Mai 1954, à la veille de Dien-Bien-Phu, de leur petit poste-frontière du Haut-Laos vers Tao Tsaï à 150 km plus au sud, dernière garnison française de repli, à travers la jungle indochinoise et les accrochages avec le Viêt-Minh, Bruno Cremer, dans le rôle de l’adjudant Willsdorf dit à Jacques Perrin, son jeune et inexpérimenté lieutenant saint-cyrien: « Mon lieutenant, dans l’embuscade le premier homme visé et abattu n’est ni celui d’avant-garde, ni même le chef. Le premier qui tombe, c’est celui qui attire l’attention du sniper. Le plus grand, ou tout simplement celui qui est torse nu ! Au carton et au casse-pipe, c’est lui le premier visé. »


Le soldat de métier connaît jusqu’aux plus ténus des artifices de la chose militaire.
La parabole est claire. Les hommes de Charlie sont morts bien sûrs parce qu’ils étaient journalistes et laïcs. Mais pas à Rome, Madrid, Berlin ou Bruxelles. À Paris, et d’abord parce qu’ils étaient français, français dans la guerre de civilisation que mènent maintenant à la France l’Etat Islamique et ses intégristes.


La France héritière de Descartes, des Lumières et de 1789, la France inventrice de la Laïcité. Cette France là installée dans la Guerre des Civilisations ? La Guerre des Civilisations, dernier avatar de la crise structurelle du système-monde capitaliste néolibéral. La Guerre des Civilisations, habillage rêvé depuis les tours du World Trade Center, l’invasion de l’Irak et de l’Afghanistan pour justifier le contrôle géostratégique du Moyen-Orient et de ses richesses.


Oui, même s’il peine à le reconnaître, l’Etat Français, depuis deux quinquennats, Sarkozy et Hollande maintenant, a validé l’option Guerre des Civilisations. À son rôle traditionnel tenant à sa géographie et à son histoire euro-méditerranéennes, la France a substitué, a contrario de ses fondamentaux géopolitiques, l’option euro-atlantique, pour tout dire l’option atlantiste : retour dans le commandement intégré de l’OTAN sous directoire nord-américain en 2007, guerre en Libye pour le Pétrole, au Mali et en Centrafrique pour l’Uranium, bras de fer en supplétif US dans les négociations sur le nucléaire iranien, soutien diplomatique aux opérations militaires sur Gaza, jusqu’au rôle de leader européen dans la coalition contre l’EI. Excusez du sérieux, aux côtés de l’Arabie Saoudite et du Qatar !


Un rôle que ni l’Allemagne, préoccupée de sa relation avec l’Europe Centrale et la Russie, ni la Grande-Bretagne, échaudée par son rôle de supplétif en Irak, ni aucun autre État européen n’a voulu jouer. En politique, on peut tout faire, même renier les fondamentaux historiques. Reste ensuite à en faire le bilan.

 

Des bénéfices, il y en a certes ! L’industrie de la guerre est florissante en France : armes, avions, systèmes de télécommunications, radars et missiles. En 2013 les commandes de matériel militaire françaises ont augmenté de 43 % avec une vente totale d’armes chiffrée à 6,8 milliards d’euros. Le Ministère de la Défense se félicite : l’année 2012 a été bonne pour le secteur de l’armement, l’année 2013 encore meilleure, celle de 2014 s’annonce très prometteuse.


Les pertes, nous les avons sous les yeux : dilapidation du capital de prestige dans le monde arabo-africain gagné en 2003 lors de la crise irakienne ; exposition à toutes les menaces de fanatiques à la recherche d’une cible ; essaimage dans notre pays et nos quartiers d’idées pernicieuses et mortifères pour l’unité du pays et pour la République. Coup de pouce, il en fallait un, à l’idéologie xénophobe et raciste du FN.


Installés dans cette impasse stratégique, les appareils politiciens vont encore chercher à en tirer profit :


- le pays a peur. Il va rentrer sa colère sociale.


- et surtout, la configuration idéologique et politique du moment et les appels à l’Unité Nationale ( ce matin, à 9 heures, Nicolas Sarkozy était reçu à l’Élysée par son successeur) pourraient permettre de jeter les bases d’une grande coalition conservateurs – sociolibéraux, à l’image de celle que pilote Angela Merkel en Allemagne, notre modèle rêvé. Le projet n’est pas simple car la monarchie élective n’a pas de trône à deux places. Pas simple, mais il n’est pas interdit d’y réfléchir. Car il y a encore du boulot.


Pour finir le job de déconstruction de l’Etat Social, de liquidation de la propriété publique, de l’abaissement du « coût du travail » et de poursuite des manœuvres clandestines autour du Grand Marché Transatlantique, quelle plus belle configuration, quelle plus belle occasion ?

 

Jean Casanova, 08 janvier 2015

 

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