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Et d’autre part, ce sont les fameuses ordonnances Macron qui viennent d’être présentées au gouvernement où il est question non seulement d’élargir le travail du dimanche (en le sous-payant) mais aussi le travail de nuit (en diminuant le taux horaire et le nombre d’heures prises en compte), d’éliminer purement et simplement les élections des conseillers aux prud’hommes, d’achever la mise au pas complète de l’inspection du travail par le patronat, de porter gravement atteinte à la médecine du travail (on peut dire liquidation pour être clair) avec par exemple la suppression des avis médicaux « d’aptitude avec restriction », de restreindre fortement du « délit d’entrave », de supprimer le pouvoir de réintégrer des salariés licenciés abusivement, d’empêcher la remise en cause des plans de licenciements, etc...

Allez voir ce que dit Filoche à ce sujet, même si ça manque un peu de précision, il explique clairement que les ordonnances Macron signifient la fin du Code du Travail au profit du Code Civil. Les salariés, si ces ordonnances sont acceptées par le gouvernement (et elles le seront) vont se retrouver face au patron, non plus sous la protection du Code du travail mais sous la logique du Code Civil ! Imaginez, un salarié licencié qui se retrouve sans protection mais qui sera au même niveau de droit qu’un conducteur automobile ou qu’un consommateur !? Finies les conventions collectives, finies heures supp ou de nuits majorées, finies les 35h, fini même le smic, finis prud’hommes et inspection du travail, et même plus de syndicats dans les entreprises de moins de 50 salariés : nous serons vraiment corvéables et licenciables à merci...

C’est l’abandon d’une ligne de classe par la direction de la CGT depuis les années 1990, qui est responsable de ces dérives inadmissibles : guerre des chefs, ambitions personnelles, utilisation illégitime des cotisations, mépris de la démocratie syndicale, etc. ... C’est donc bien à cela qu’il faut s’attaquer, la CGT appartient à ses syndiqués pas à une caste qui croit avoir par délégation tous les droits y compris ceux de ne pas respecter le mandat qui leur a été confié, les valeurs, les statuts et les règles de fonctionnement de la CGT.

En effet quelle est la feuille de route de la CGT face au patronat, face aux ordonnances de Macron ? Quel discours la CGT tiendra en 2015 face aux salariés ? Un discours de combativité et de lutte de classe ou de résignation et de paix de classe ? Dans ce climat, Raymond Soubie, PDG d’Alixio et de Taddeo, ancien conseiller social de Nicolas Sarkozy, analyse la crise qui menace Thierry Lepaon et il explique « Ce n’est pas bon pour le dialogue social et cela risque de libérer des forces non maîtrisées, conduire certains à se radicaliser sans être encadrés. C’est l’intérêt du pays que la CGT retrouve son unité, sa force et arrête un programme clair pour notre temps ». Un patron et un conseiller de Sarkozy qui se fait du souci pour la CGT ! En fait Mr Soubie, les patrons et les médias tentent de stabiliser la crise de la CGT car ils savent très bien qu’une CGT combattive ce n’est pas bon pour le dialogue social et la crise actuelle risque de libérer de nouvelles forces qui peuvent rallumer le combat de classe.

C’est vrai aussi que dans cette affaire, ou ces affaires, il y a une grande part de manipulations. Ceci étant dit, les attaques contre la direction de la confédération se situent dans une période d’attaques en tout genre. Le patronat aidé en cela par le gouvernement « dit socialiste » veut en finir avec le peu de droits restants dans le code du Travail, il veut en finir avec ce qui reste encore des « conquis », comme disait A.Croizat, du CNR. La crédibilité de Thierry Lepaon est fortement entamée. Plus qu’un changement de responsable, j’appelle de toutes mes forces à un changement d’orientation. L’engagement de la Conf dans la CES est pour moi une erreur manifeste. La lutte de classe est fondamentalement la base de nos combats. Les abandons sur ce terrain portent préjudice aux travailleurs. On peut rêver, mais une hypothétique « Europe sociale » est un leurre dans lequel ces travailleurs et la CGT n’ont rien à gagner.

Le problème est aussi que, comme pour les partis politiques, les fonctions des dirigeants syndicaux sont devenues un métier, alors que les mandats devraient être limités dans le temps et les élus révocables. Comme les derniers dirigeants que l’on a eu sont proches de partis réformistes, il serait temps d’apporter du sang neuf à la direction avec un secrétaire général venant d’horizon différents comme P. Poutou ou J.P Mercier par exemple, cela permettrait de recadrer le débat, et peut-être que ces gens là ne se comporteraient pas face au Medef et au gouvernement comme de vulgaires partenaires sociaux !

Car si rien n’est fait, c’est tout simplement catastrophique, un recul historique est en cours. Et j’insiste, il faut s’intéresser à ce qui se joue aujourd’hui sous nos yeux et ne pas se limiter à l’affaire Lepaon ou se laisser entrainer dans le chemin étroit de la lutte contre l’extension du travail du dimanche. Ce n’est pas qu’il ne faille ne rien faire, non ! Il faut lutter et soutenir la lutte des salariés (notamment de la distribution) contre le travail du dimanche mais il faut d’abord et surtout dénoncer les propositions sur les seuils sociaux et les ordonnances Macron parce que c’est là que se met en place un recul de plusieurs décennies pour nous, les travailleurs ! Je me dis que si la contestation contre Lepaon se transforme en contestation plus profonde contre le « dialogue social » et contre Macron (ça veut dire aussi contre le grand capital) alors la CGT reprendra en main son destin et aussi le chemin de la lutte des classes.

D’aprés Plissken, Sadeche, Michel Beyer, Richard Palao 

Vidéo : LA DEUXIEME DROITE

Lecture : REVOLUTIONNAIRE OU REFORMISTE ?

 

« Rien ne fait plus de mal aux travailleurs que la collaboration de classes. La lutte de classes, au contraire, est la base de l’unité, son motif le plus puissant. C’est pour la mener avec succès en rassemblant l’ensemble des travailleurs que fut fondée la CGT. Or la lutte de classes n’est pas une invention, c’est un fait. Il ne suffit pas de la nier pour qu’elle cesse : renoncer à la mener équivaut pour la classe ouvrière à se livrer pieds et poings liés à l’exploitation et à l’écrasement. La régression sociale ne se négocie pas, elle se combat ! » ... H. KRASUCKI

 

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