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Ouverture dominicale : Les salariés du commerce disent « non » !

15 novembre 2014 

Par Clément Pessaux 
 

« Mes parents se sont battus pour se reposer le dimanche, on ne peut pas laisser faire ». Béatrice Simon, vendeuse au BHV, a manifesté vendredi à Paris aux côtés de plusieurs centaines de salariés du commerce contre le projet du gouvernement d’assouplir les règles sur le travail dominical. Une réforme défendue par le gouvernement et le patronat, notamment pour son potentiel d’attraction touristique

Travail dominical: Macron essuie sa première manif’

 Sous une nuée de parapluies, il y avait au moins 500 salariés du Printemps Haussmann, 200 des Galeries Lafayette, 200 du BHV et des dizaines de personnels de Gibert Joseph, de la Fnac, Bon Marché, de Monoprix et de la marque de prêt-à-porter Uniqlo, selon les organisateurs, l’intersyndicale du commerce parisien Clip-P (CGT, SUD, CFDT, CFE-CGC et Seci-Unsa).

 Ils ont scandé « Travailler le dimanche, c’est non, non, non, travailler la nuit, c’est non aussi » ou « Augmenter les salaires, pas les horaires ». Sur le dos de certains était placardé une affiche: « Ne laissons pas le patronat vampiriser nos vies ».Parti des Grands boulevards, le cortège s’est dirigé vers la mairie de Paris où une délégation a été reçue.

 La maire de la capitale, Anne Hidalgo, a lancé en juin une mission d’évaluation sur le travail dominical après que Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères également en charge du Tourisme, eut préconisé le classement en « zone touristique d’affluence exceptionnelle » de certains quartiers comme celui du boulevard Haussmann. L’idée étant de permettre l’ouverture des commerces le dimanche.

 Le projet de loi sur l’activité, qui sera présenté mi-décembre, prévoit que les commerces non alimentaires puissent ouvrir cinq dimanches par an sur simple demande (et non sur autorisation préalable) et jusqu’à 12 dimanches par an au total. En contrepartie, la compensation des salariés volontaires serait améliorée.

Ouverture dominicale ne serait pas créatrice d’emplois

« Le gouvernement se fait le porte-parole du Medef et cette manifestation est là pour dire la colère des salariés », souligne Karl Ghazi (CGT), très remonté.

 Il rappelle « l’offensive » récente du Medef qui a chiffré entre 40.000 et 100.000 le nombre de création d’emplois en plus dans le commerce et la distribution avec l’ouverture dominicale. Pour Manon Cordier, vendeuse chez Gibert Joseph, sur le boulevard Saint-Michel, « à terme, Paris deviendra une zone touristique en entier ». Ce que veut le Medef, « c’est mettre fin aux majorations » puisque dans ces zones, l’employeur n’est pas tenu de donner une contrepartie au salarié.

 « On fait croire aux gens monts et merveilles. Contrairement aux arguments avancés par le gouvernement, le travail le dimanche ou de nuit ne sera pas créateur d’emplois », s’énerve Françoise Ruotte, employée aux Galeries Lafayette. Elle dit déjà travailler « régulièrement en sous-effectifs ».

 De son côté, Houman Ahmadi, inspecteur de sécurité à la Fnac, déplore des effectifs qui « ont baissé sur Paris de plus de 800 personnes » en quelques années. « Nous sommes déjà en souffrance au quotidien, alors travailler encore plus de dimanches… », lâche-t-il, dépité.

 « Nous sommes largement un bon millier à défiler ce qui est un exploit pour le commerce », assure Eric Scherrer (Seci-Unsa). Dans le secteur, « il y a 70% de contrats à temps partiel » et « du coup, débrayer, c’est compliqué, chaque heure compte ». Si la manifestation était « une vraie réussite » pour les syndicats, ils sont sortis « peu réjouis » de leur réunion avec Olivia Polski, élue de la mairie de Paris en charge du commerce, de l’artisanat, des professions libérales et indépendantes.

 « Le prochain Conseil de Paris qui pourra examiner les propositions de la mission sera en février, il y a des chances que d’ici-là le gouvernement ait suffisamment avancé », craint M. Ghazi (CGT)

Manifestation vers 1900 pour le repos hebdomadaire qui sera accordé le 13 juillet 1906. Une loi précédente avait été abolie en 1880 sous prétexte qu’elle avait été promue durant la Restauration. Jusqu’en 1906 donc, il revenait au patron de décider du jour de congé de ses employés.

Manifestation vers 1900 pour le repos hebdomadaire qui sera accordé le 13 juillet 1906. Une loi précédente avait été abolie en 1880 sous prétexte qu’elle avait été promue durant la Restauration. Jusqu’en 1906 donc, il revenait au patron de décider du jour de congé de ses employés.

Le repos dominical, un acquis issue de longues luttes et de 1099 morts 

La loi du 13 juillet 1906 instituant le repos dominical en France a mis fin à un long conflit social, né d'une catastrophe minière dans le Nord, et a ouvert une période d'"apaisement religieux", au lendemain de la séparation des Eglises et de l'Etat.

C'est un radical bon teint, Ferdinand Sarrien, qui devient président du Conseil le 13 mars 1906, quelques jours après le coup de grisou de Courrières (1.099 morts).

Il faut calmer la colère des mineurs, éviter les incidents lors des "inventaires" des biens du clergé, préparer l'opinion au procès en cassation d'Alfred Dreyfus qui déchaînait les passions, et se lancer dans la bataille des législatives.

La vieille revendication du repos dominical et celle de la journée de 8 heures -satisfaite seulement en 1919- sont au coeur des débats et manifestations.

Sarrien préside un gouvernement prestigieux comprenant deux futurs présidents de la République, Raymond Poincaré et Gaston Doumergue, et trois futurs présidents du Conseil: Aristide Briand, Georges Clemenceau, Louis Barthou. Tous voulaient des avancées sociales.

La loi du 12 juillet 1880 a aboli le repos dominical sous prétexte qu'il avait été décrété sous la Restauration. Le "jour de repos" est dès lors décidé par le patron.

Après la tragédie de Courrières, 45.000 mineurs se mettent en grève le 16 mars. Le 17, Clemenceau (Intérieur), promet de ne pas faire intervenir la force, mais change d'avis quand la mairie de Lens est occupée le 20. La répression est dure, un policier est tué. 50.000 "gueules noires" défilent à Paris le 1er mai, à l'appel de la CGT.

Le 20 mai, la gauche remporte les élections de façon écrasante.

La loi Sarrien est votée. Son article 2 dispose que le dimanche est jour de repos hebdomadaire des employés et ouvriers. Employés de maison et travailleurs agricoles en sont provisoirement exclus.

Cette loi est aussi appelée "loi Lemire", nom du député-maire d'Hazebrouck, l'abbé Jules Lemire, républicain ardent à l'origine des allocations familiales, qui a su convaincre que le choix du dimanche n'était pas une revanche des religieux, quelques semaines après la loi de séparation. L'"apaisement" est en route.

1905 ou 1906 - Grève des Mineurs et Métallurgistes

1905 ou 1906 - Grève des Mineurs et Métallurgistes

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