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Sur l’Avenir du Syndicalisme en France, par Jo Hernandez

Par Jo Hernandez, Secrétaire chargé des entreprises et du suivi des luttes lutte du PRCF

Ont participé à l’élaboration de ce document : Benoît Foucambert et Georges Gastaud

Face à la situation des travailleurs et à la dérive syndicale, quel avenir pour le mouvement syndical en France ? Quelle intervention des militants du PRCF dans le mouvement syndical ?

La situation des travailleurs est critique et les attaques se succèdent pour casser tous les acquis qu’ils ont pu arracher par les luttes passées, pour casser ce qui reste du modèle français, mouton noir de l’UE.

Comment en être surpris alors que le capitalisme en crise est entièrement régressif et que la classe ouvrière et ses alliés ont perdu leurs outils politique et pour une grande part syndicaux avec la dérive concomitante du PCF et de la direction de la CGT ?

1936, 1945, 1968… les grands acquis populaires ont correspondu à une période au cours de laquelle la classe ouvrière disposait d’organisations de classe et profitait du contrepoids que constituait le camp socialiste.

En 1947, la Guerre froide bat son plein. L’URSS veut pousser ses pions en Europe, notamment en France et en Italie, où les partis communistes disposent de bases électorales et syndicales solides. Créée sur instruction du président américain Truman, la CIA entend bien contrer cette offensive. Elle envoie pour cela à Paris l’un de ses agents d’influence les plus actifs, Irving Brown, nommé officiellement délégué général pour l’Europe du puissant syndicat américain AFL (American federation of labor). C’est lui qui se charge de soutenir la scission du syndicat ouvrier CGT, dominé par les communistes, pour créer Force ouvrière (FO).

Depuis 1946, Brown intrigue et manœuvre pour rompre l’hégémonie communiste à la direction de la CGT. Dans ce but, il appuie la fraction Force ouvrière qui s’est constituée depuis 1944, dirigée par Léon Jouhaux et surtout Robert Bothereau, un militant syndicaliste aguerri qui, depuis le 27 août 1944, siège au bureau et au secrétariat général de la CGT, réinstallée dans ses locaux historiques de la rue Lafayette. Divisée avant la guerre, la CGT s’est réunifiée lors d’une réunion clandestine qui s’est déroulée au Perreux en 1943.

Or, les anciens clivages sont toujours vivaces. Beaucoup de militants n’ont jamais admis cette réunification. Depuis décembre 1944, Robert Bothereau encadre une fraction anticommuniste regroupée autour d’un journal intitulé Résistance ouvrière, et, en septembre 1946, il suscite des groupe baptisés « les amis de FO », qui formeront bientôt Force ouvrière.

Car la scission est en route. Officiellement, Robert Bothereau défend une stratégie de reconquête de la CGT. Mais les chances que ses amis et lui puissent prendre le contrôle de l’appareil dirigeant, où ils restent minoritaires, sont minces. Officieusement, le but poursuivi est plus réaliste : entraîner dans une scission le plus grand nombre de militants de la CGT, objectif atteint à la fin de 1947.

La conférence nationale des Amis de FO se prononce le 18 décembre pour la création d’une nouvelle centrale. Bothereau remet sa démission du secrétariat confédéral de la CGT le 29 décembre 1947. Tout au long de la crise, il a chroniqué l’événement dans la rubrique « Le drame confédéral » de Force ouvrière. Il y passe sous silence le soutien logistique et financier que les scissionistes ont reçu d’Irving Brown, mais aussi du puissant syndicat allemand DGB et des trade-unions britanniques qui servent de relais à l’AFL (…) »

En 1949, la CIA intervient dans la foulée, via l’AFL et l’une de ses branches étrangères, le Free Trade Union Committee (FTUC) dirigée par un agent de la CIA, Jay Lovestone, et son ami Irving Brown, pour diviser la FSM (Fédération syndicale mondiale). L’AFL et le FTUC envoient régulièrement de l’argent à Force ouvrière, qui peine à boucler ses fins de mois, comme le prouvent les documents inédits que Bakchich a exhumé de ses cartons, évoquant des versements de 25 000 dollars à FO et des soutiens financiers à certaines fédérations. Or l’argent de l’AFL et du FTUC provient notamment des officines de la CIA et des crédits détournés du plan Marshall, qui aident à la reconstruction de l’Europe.

« De 1948, les fonds du plan Marshall alimentent aussi le FTUC, qui peut compter sur au moins 5% des 13 milliards de dollars destinés à l’Europe occidentale. En fait bien davantage, puisque ce sont 800 millions de dollars qui seront finalement attribués aux opérations de l’AFL à travers le monde. Ces largesses s’expliquent par les relations amicales qu’entretiennent à Paris, Irving Brown et Averell Harriman, le responsable du plan Marshall, dont les bureaux, d’abord installés dans l’hôtel de Talleyrand place de la Concorde, non loin de l’ambassade américaine, émigreront dans un appartement plus discret de la rue Barbet-de-Jouy, dans le VIIème arrondissement (…)

Lorsque la manne du plan Marshall se tarit, en 1951, la CIA prend le relais : sa division des organisations internationales subventionne les activités clandestines de l’AFL, comme le révélera publiquement Thomas Braden, qui a tenu les cordons de la bourse pendant quelques années (…)

Braden a fait l’aveu de ces financements non pour les critiquer, mais pour en faire l’éloge. De 1951 à 1954, sa division a versé à Lovestone et Brown 1 million de dollars par an, et même 1 600 000 dollars en 1954. Ces fonds étaient destinés à Force ouvrière, mais aussi aux syndicats italiens, aux dockers de Marseille et d’autres ports méditerranéens et à d’autres opérations à caractère syndical. Œcuménique, Braden a reconnu avoir fourni des fonds à la CFTC (Confédération française des travailleurs chrétiens) et en a même précisé le cheminement. »

Malgré ses interventions extérieures pour contrer la montée d’un syndicalisme révolutionnaire, la CGT, principale organisation syndicale du pays, par son poids, son prestige et son activité, poursuit jusqu’aux années 80 un combat de classe et de masse.

Mais déjà des éléments pouvaient inquiéter comme la collusion de certains dirigeants avec les milieux patronaux, tels André Sainjon dirigeant de la puissante fédération de la métallurgie, la lutte entre réformistes et révolutionnaires ayant toujours traversé le mouvement syndical.

L’offensive des dirigeants réformistes se cristallise lors du congrès de 1982 à Lille, qui abandonne les manuels de formation jugés caducs maintenant que la gauche est au pouvoir. Mais c’est le 45è congrès de 1995 qui marque une étape décisive : alors que des millions de travailleurs battent le pavé contre le plan Juppé, le congrès modifie les statuts et abandonne le syndicalisme de lutte de classe.

Les années 90 voient en effet redoubler l’offensive du grand capital, suite à la défaite des pays socialistes et au virage réformiste de nombreuses organisations ouvrières en Europe dans la lignée du l’euro-communisme italien. Cette période voit l’aggravation des rivalités inter-impérialistes et l’accélération de la construction d’un empire européen du capital, outil de la réaction sur toute la ligne, avec le traité de Maastricht. Dans ce contexte de reconfiguration des aires de domination capitaliste et de la nécessité de la mise au pas de la France et de ses luttes, un effort tout particulier a été fait pour affaiblir la CGT et la faire basculer dans le camp de l’accompagnement en organisant l’ensemble du syndicalisme français autour d’un pôle social-démocrate syndical.

Le départ de la FSM, l’adhésion à la Confédération Européenne des Syndicats (à l’origine antenne européenne de la CISL fondée avec l’argent de la CIA) avec l’aval et la protection de la CFDT ont entériné la dérive, approfondie de congrès en congrès jusqu’au dernier, le 50ème [1] :

  • disparition totale des notions de classes sociales, de lutte de classe, d’exploitation, de mondialisation capitaliste, d’impérialisme, de propriété collective, d’indépendance nationale. A contrario le langage europatronale s’impose : libéralisme, nouvelle économie, partenaires sociaux, mondialisation, citoyenneté, fonds de pension, dialogue social…
  • Fin de l’opposition à l’Europe supranationale et engagement de la CGT dans la construction européenne.
  • Réaffirmation de la stratégie du syndicalisme rassemblé avec une CFDT plus jaune que jamais,
  • Mise en place d’une réforme des structures et des cotisations conduisant tout droit à la mise au pas les syndicats et organisations contestataires,
  • Chasse et mise à l’écart des militants et des structures combatives…

Au final, c’est tout l’héritage du mouvement ouvrier français et de la grande CGT qui est jeté aux oubliettes par des équipes confédérales dont certains membres ont des liens très étroits avec le grand patronat (voire à cet égard le rôle joué par exemple par l’association confrontations-Europe).

A la base certes, les résistances contre cette dérive organisée sont réelles : contestation ouverte durant les congrès, refus des mises à pieds, prise de positions nombreuses de syndicats voire de fédés contre la ligne de la conf’, adhésions de fédé à la FSM comme la Chimie très récemment.

Toutefois, malgré les efforts en particulier du FSC, elles peinent à s’unifier pour constituer une opposition organisée disputant de manière cohérente le terrain aux tenants de la conciliation capital-travail à la fois au niveau idéologique et organisationnel.

Si bien qu’alors que les luttes ne se démentent pas, le mouvement social est livré à sa spontanéité et sans perspectives[2].

L’existence d’un puissant syndicalisme de classe est une des questions majeures de notre époque

Comme l’expliquait H. Krasucki préfaçant les mémoires de B. Frachon : « Rien ne fait plus de mal aux travailleurs que la collaboration de classes. La lutte de classes, au contraire, est la base de l’unité, son motif le plus puissant. C’est pour la mener avec succès en rassemblant l’ensemble des travailleurs que fut fondée la CGT. Or la lutte de classes n’est pas une invention, c’est un fait. Il ne suffit pas de la nier pour qu’elle cesse : renoncer à la mener équivaut pour la classe ouvrière à se livrer pieds et poings liés à l’exploitation et à l’écrasement. »

Chaque fois qu’ils ont agi tous ensemble contre le patronat et les gouvernements, les salariés ont obtenu de grands succès. Pour faire échec à ce qui se met en place actuellement contre les salariés, il faut à nouveau agir ensemble. Les travailleurs de France ont besoin d’une lutte coordonnée contre le gouvernement, ils ont besoin de combattre les illusions autour de l’Europe capitaliste, cette Europe de leurs ennemis de classe. En Europe comme en France il n’y pas d’issue positive pour les salariés en dehors de la lutte contre le patronat et  les grandes multinationales qui écrasent les peuples..

Cela suppose que les confédérations syndicales impulsent et organisent l’action nationale et interprofessionnelle, dirigée résolument, sans concession d’aucune sorte, contre le patronat, le gouvernement et l’UE en construisant l’unité sur la base des besoins exprimés par les travailleurs.

Ce syndicalisme au service des travailleurs, œuvre des travailleurs eux-mêmes qui ont à écarter les bureaucrates et les carriéristes, doit être indépendant : indépendant du patronat et du MEDEF, indépendant des gouvernements, indépendants des institutions internationales du capitalisme (UE en particulier). Il doit être uniquement guidé par l’intérêt des travailleurs. Les syndicats de salariés ne sont pas faits pour négocier des concessions au patronat au nom d’un mensonger « donnant-donnant », leur rôle est au contraire de défendre les acquis et d’en gagner d’autres sur la base d’un rapport des forces construit en affrontant la classe capitaliste et son gouvernement du moment.

Le syndicalisme dont les travailleurs ont besoin se doit d’éclairer la situation par des prises de positions politiques. Il exprime son point de vue de classe sur toutes les questions qui concernent les salariés, l’exploitation des travailleurs par le capital. Les salariés sont concernés au premier chef par la politique du patronat par les décisions politiques des gouvernements, par les positions des partis et organisations politiques.

Il doit dire ce qu’il pense de la politique du pouvoir qui dirige la France,  des décisions qu’il prend, des objectifs qu’il poursuit. Pour qui travaille le gouvernement actuel, pour le patronat ou pour le peuple ? Un syndicalisme de classe se doit de prendre position clairement et d’en tirer les conclusions qui s’imposent.

Il se doit de lutter pour abattre le capitalisme et changer de société.

De plus en plus de cégétistes combatifs, mais aussi nombre de syndicalistes de la F.S.U, comprennent que la cause profonde du défaitisme syndical réside dans l’abandon des positions de classe, dans l’alignement de la C.G.T. et de la F.S.U. sur la C.E.S., dans la recherche d’une unité pourrie avec l’état-major jaune de la C.F.D.T., dans le reniement par les dirigeants C.G.T eux-mêmes des principes du syndicalisme de classe et de masse.

Ils savent aussi qu’il n’y aura pas d’issue pour la classe ouvrière sans renaissance du syndicalisme de classe dans notre pays, en liaison avec le renouvellement de la Fédération Syndicale Mondiale.

C’est pourquoi :

Les militantes et militants syndicaux et d’entreprise du P.R.C.F., dénoncent le lâchage dont ont fait l’objet les travailleurs en lutte, qui ont le plus souvent dans la dernière période lutté seuls, qu’il s’agisse des ouvriers de l’industrie, des cheminots, des intermittents du spectacle, des marins de la S.N.C.M., des pilotes d’Air France, alors que face aux gouvernements maastrichtiens et au M.D.E.F, le seul choix est de perdre séparément ou de gagner tous ensemble et en même temps;

Ils appellent :

Les travailleurs en luttes à désavouer le slogan perdant de l’ « Europe sociale ». De l’U.E atlantique, du « Grand Marché Transatlantique » voulu par Washington.

Les syndicats combatifs à dialoguer entre eux, à tisser des liens, à ne pas rester prisonnier du tête-à-tête mortifère avec leur états-majors confédéraux ligotés à la C.E.S.

Le PRCF appuiera toute initiative visible visant à fédérer les secteurs en lutte, à permettre l’échange horizontal et national direct entre les bases syndicales opposées aux abandons confédéraux, à constituer dans le débat et l’action un espace de concertation permettant aux syndicalistes combatifs de se soutenir mutuellement, d’organiser l’action et la solidarité de classe à l’échelle professionnelle, interprofessionnelle, nationale et internationale indépendamment de la C..E.S. et de l’état-major jaune de la C.F.D.T.

Plus que jamais, les communistes travaillant dans les entreprises et militant syndicalement ont le devoir de s’exprimer comme tel tout en respectant la démocratie syndicale et son cadre organisationnel. L’intervention franchement communiste sur les questions sociales et syndicales est nécessaire pour briser les liens de dépendance du syndicalisme confédéré, par l’entremise de ses états-majors, à l’égard du gouvernement P.S., de l’U.E. et de la C.E.S., et par leur intermédiaire, à l’égard du patronat capitaliste.

 

[1]                      Ficelés pendant leur préparation par la désignation de nombreux délégués acquis à la direction et inconnus de leurs mandants supposés, verrouillés pendant leur tenue par le filtrage sans précédent, les congrès ont validé la plupart des orientations qu’entend donner l’état-major euro-formaté à la confédération.

[2]                      Que penser du début d’été 2014 ou cheminots, intermittents, de nombreux centres postaux étaient en grève, mais aussi les territoriaux, sans parler des marins de la SNCM, ont été laissés seuls alors que dans beaucoup d’AG, l’idée d’une confédéralisation du combat contre ce gouvernement de casse sociale était à l’ordre du jour

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