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Le métro de Lisbonne paralysé, grève contre la privatisation : la CGTP lance un mouvement national dans les transports

Ce 21 octobre, c'était la troisième grève en plus d'un mois dans le métro de Lisbonne, avec des mouvements parallèles à Porto. Menée par une combative CGTP, les salariés des transports sont mobilisés contre la privatisation du service de transports urbains.

 

Mardi dernier, le réseau de métro de Lisbonne - qui transporte 500 000 voyageurs par jour - était entièrement paralysé, tandis que les routes de la capitale étaient perlées d'embouteillages.

 

Le mouvement appelé par la Fectrans (Fedération des syndicats des transports), affiliée à la CGTP, a été massivement suivi, avec une adhésion de près de 100 %. A la hauteur de la colère face à un gouvernement qui prévoit de livrer les lignes de métro, de chemins de fer et de bus mais aussi la compagnie aérienne nationale aux grands groupes privés.

 

Troisième journée de grève en six semaines

 

Le gouvernement prend prétexte d'une dette accumulée de 13 milliards d'€ pour le métro et le chemin de fer, et de pertes de 13 millions d'€ pour le seul métro de Lisbonne.

 

En réalité, ce sont les coûts du réseau - dans un secteur structurellement déficitaire - qui grèvent les résultats. Donc,le gouvernement a trouvé la formule idoine : maintenir un réseau sous contrôle public, et ouvrir au secteur privé l'exploitation. Socialiser les pertes et privatiser les profits.

 

Le gouvernement envisage ainsi d'ici la fin de l'année de livrer les lignes de métro de Lisbonne et Porto à des opérateurs de privé pour une durée de 9 ans. Il fera de même à la CP (SNCF portugaise), en commençant par le fret (CP-Carga).

 

La CGTP, et sa fédération des transports, mène une lutte acharnée contre le plan de privatisations. Il s'agit de la trosième journée de grève dans le réseau de Lisbonne depuis moins de six semaines.

 

Un "crime de lèse-patrie" pour le secrétaire de la CGTP

 

Le secrétaire-général de la CGTP, Arménio Carlos a rappelé que cette lutte "est la lutte de tout le monde", au moment où le "gouvernement s'engage à privatiser les entreprises de transports, pour des profits privés".

 

Ces derniers temps, il a multiplié les déclarations publiques dénonçant un acte contraire aux intérêts des travailleurs, du peuple, de la nation parlant d'un "crime de lèse-patrie" et d'un "préjudice pour tous les Portugais".

 

La CGTP reste au Portugal un syndicat de lutte, de classe et de masse. Le syndicat majoritaire qui reste encore organiquement lié au Parti communiste, avec un secrétaire-général qui est même un dirigeant du PCP.

 

La semaine conduisant à la grève du 21 a été une semaine de lutte pour la CGTP sur les lieux de travail, d'explication des raisons du mouvement, de mobilisation pour la journée. Les cellules du PCP ont joué leur rôle habituel, encore prégnant, dans cette campagne.

 

Ferrys, conducteurs de Porto, chemins de fer : les transports mobilisés !

 

Les travailleurs du métro de Lisbonne trouvent une solidarité de fait chez leurs collègues. D'abord, ceux de la Soflusa - responsable des ferrys sur le Tage - qui ont arrêté symboliquement toutes les liaisons entre Lisbonne et Barreiro dans l'après-midi.

 

A Porto, les conducteurs continuent la lutte. Du 13 au 19, ils ont refusé de réaliser des heures supplémentaires exigées par la direction. Ils réclament le respect des droits sociaux des travailleurs, l'abandon du plan de privaisation et l'embauche des 100 machinistes manquants.

 

Dans les chemins de fer, le climat est tout aussi tendu. Les travailleurs rejettent le démembrement de la CP (SNCF) - avec la scission accentuée des activités du réseau, fret et transport de passagers.

 

Il y a semaine, les salariés du réseau (REFER) ont paralysé pendant deux heures le réseau. Ce 15 octobre, les salariés de la CP se réunissaient à Porto, Coimbra, Lisboa et Barreiro à l'appel du Syndicat national des travailleurs du chemin de fer (SNTSF).

 

Ils envisagent de lancer une mobilisation nationale contre le budget d'Etat 2015 qui conduirait les salariés des transports à avoir un salaire inférieur à celui de 2009. Ils dénonçent aussi un "gouvernement de laquais, au service des grands groupes économiques et financiers", avançant dans la privatisation de la CP-Fret.

 

Il est à noter que les usagers ont apporté un soutien au mouvement à travers le Mouvement des usagers des services publics (MUSP). Le 17 octobre, avec le syndicat des transports, ils ont organisé une initiative d'explication sur l'avenue Camoes, à Lisbonne.

 

En présence du secrétaire-général de la CGTP Arménio Carlos, ils ont dénoncé la "dégradation du service public", la politique de "rapine" et la "pénalisation des usagers et des travailleurs".

 

Des usagers, des travailleurs et des citoyens dans leur ensemble. Entre 2000 et 2013, la logique de privatisation a conduit à l'augmentation du titre de Métro à Lisbonne de 180 %. Dans le même temps, le service se dégrade et 221 postes ont été supprimés depuis 2009.

 

Le hold-up des privatisations : voilà l'origine de la dette !

 

Le Portugal dispose d'une base industrielle faible mais il possède un réseau d'infrasctures de bon niveau dans l'eau, l'électricité, les postes et les chemins de fer, ainsi que d'un système de santé longtemps réputé pour sa qualité.

 

Ses infrastructures, services nationaux, dernières ressources du pays sont la convoitises des groupes internationaux, qu'ils soient français, allemands, américains, chinois ou brésiliens.

 

L'électricité (EDP), la Poste (CTT), les aéroports (ANA) ou les assurances (Caixa Seguros) ont récemment été privatisés. Les prochains sur la liste sont les transports (CP, métro, TAP) et les services d'eau (EGF).

 

Ces entreprises ne sont pas des nains. EDP est l'entreprise la plus rentable du pays, avec 3 milliards d'€ de profits ces trois dernières années. Le montact exact de la concession accordée au groupe chinois qui en a pris possession en 2012.

 

Air Portugal ou TAP est la première entreprise exportatrice du pays, avec 8 millions de passagers par an, et un rôle de redistributeur européen privilégié vers le Brésil.

 

Quand on sait que les 10 premiers aéoports portugais gérés par l'ANA ont été bradés à Vinci en 2013 pour 3 milliards d'euros pour les 50 ans à venir, on s'aperçoit de l'ampleur du hold-up.

 

Un chiffre pour comprendre l'ampleur de l'hypocrisie sur la dette et l'austérité : depuis 1989, 240  entreprises ont été privatisées. Les entreprises privatisées appartenant au PSI 20 (CAC 40 portugais) ont réalisé entre 2004 et 2010 39 milliards d'euros de profits.

 

Cela représente sept milliards d'euros par an de moins de recettes pour l’État. Ces sept milliards, c'est exactement le montant du déficit public portugais en 2011.

 

De 1989 à 2012, la dette publique portugaise est passée de 54% du PIB à 120%, une dette fabriquée par une politique de casse de l'appareil productif national et de braderie du patrimoine public aux intérêts privés.

 

 

En France, la CGT appelle à construire un mouvement national dans les transports. C'est déjà le cas au Portugal avec la combative et puissante CGTP : construisons la convergence des luttes, la solidarité internationale en organisant notre mouvement de lutte, ici, en France !

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