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La Bolivie plébiscite la justice sociale
4 octobre 2014 par Benito Perez
 

L’exploit est à la mesure de l’animal politique. Evo Morales a remporté dimanche sa troisième élection présidentielle au premier tour, obtenant la confiance de quelque 60% des Boliviens. Et son parti devrait conserver sa majorité des deux tiers aux Chambres! A l’instar du lien qui unissait Hugo Chávez aux plus humbles, l’aura d’Evo Morales et de son projet politique auprès des Boliviens ne pâlit guère avec le temps. Même si les termes du contrat social, eux, n’ont cessé d’évoluer.


La Bolivie de 2014 n’a plus grand-chose à voir avec celle de 2006. L’Etat sans Etat, totalement dépendant des aides extérieures, a laissé place à un pays en plein boom économique sous l’impulsion de la puissance publique. En moins de neuf ans, nationalisations et investissements publics ont redonné une colonne vertébrale à l’économie. Face aux mafias de l’Est, l’autorité des institutions démocratiques a été rétablie. Et leur légitimité renforcée par la redistribution directe des richesses (subsides, retraites, salaire minimum), qui a fait reculer massivement la pauvreté monétaire et boosté le marché interne, mais aussi indirecte, avec des services publics (eau, téléphone, électricité, éducation, transport) étendus jusqu’aux confins les moins densément peuplés du pays.


La population, elle-même, a changé. Naguère majorité ostracisée, les cholos, métis ou indigènes urbanisés, ont conquis la place centrale qui leur revenait naturellement dans cette nouvelle Bolivie. Au moment même où leurs communautés agraires d’origine voyaient leurs terres ancestrales garanties.


Certes, le discours très indigéniste du premier mandat a parfois buté sur une réalité plus complexe, d’identités et de solidarités croisées. Et la défense principielle de la «Pachamama» (Terre-Mère) n’empêche pas des accommodements avec les impératifs du développement. Mais l’équilibre trouvé n’apparaît pas scandaleux. Il est en tout cas plébiscité par les Boliviens, qui ont fait un accueil plutôt tiède au nouveau parti écologiste fondé par des déçus du Mouvement vers le socialisme (MAS).


Les espoirs comme les craintes inconsidérés des débuts se lisent dans une carte électorale rééquilibrée. Quelque peu érodé sur l’Altiplano, l’appui au projet de M. Morales s’est étendu dans les plaines de l’Orient, où l’oligarchie terrienne et financière a dû apprendre à composer avec le nouveau pouvoir. Un rapport de force tendu, précaire, tant ce lobby pèse lourdement dans la balance commerciale et sur l’approvisionnement des assiettes boliviennes.


Pour l’heure, La Paz tient le couteau par le manche, renforcé qui plus est par ce nouveau raz-de-marée électoral. Obtenu symboliquement un 12 octobre1, le succès consolide aussi la stature internationale d’Evo Morales, tout en faisant peser sur ses épaules de nouvelles responsabilités, à l’heure où les alliés argentins, vénézuéliens et même équatoriens sont en difficulté.


Mais il rappelle aussi que, depuis l’arrivée à la présidence vénézuélienne de M. Chávez en 1999, aucun (!) gouvernement progressiste sud-américain n’a été vaincu dans les urnes. Preuve que les peuples savent reconnaître les politiques qui bénéficient au plus grand nombre. Ce que d’aucuns aiment à qualifier de «populisme» mais qui n’est autre que la recherche de la justice sociale.

Date de l’arrivée de Christophe Colomb en Amérique, le 12 octobre est aujourd’hui la «Journée de la résistance» pour le mouvement amérindien.

 

Source : Le Courrier

 

La Bolivie plébiscite la justice sociale
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