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 Mardi 8 Juillet 2014

 

À travers l’exemple du débat sur la loi de séparation bancaire, le récent livre Mon amie c’est la finance ! analyse en profondeur les rapports entre le pouvoir politique et le pouvoir financier. La démocratie française n’en sort pas grandie, hélas.
La démocratie à l’épreuve de la finance

"Mon ennemi, c’est la finance", clamait François Hollande, alors candidat à l’élection présidentielle, le 22 janvier 2012 lors de son premier meeting au Bourget.

Deux ans après, trois journalistes économiques, Franck Dedieu (L’Expansion), Mathias Thépot (La Tribune) et Adrien de Tricornot (Le Monde), analysent ce qu’il est advenu du rapport de force entre le pouvoir politique et le pouvoir financier dans un ouvrage au titre en contrepied, Mon amie c’est la finance ! Ils s’attardent en particulier sur l’une des batailles de cette guerre perpétuelle : le débat sur la loi dite « de séparation bancaire », lancé par le gouvernement après les élections de 2012. Contrairement à ce que son nom laissait présager, cette loi n’opère en rien la scission entre banque d’affaires et banque de dépôt. Au contraire, les auteurs démontrent combien ce débat trahit le véritable asservissement de l’État au monde de la finance.

La séparation des activités bancaires entre finance « réelle » et finance « casino », est légitime, et d’autres pays, les Etats-Unis, la Finlande, l’ont mise en œuvre avant la France. Il est normal que l’État, qui se porte garant de l’activité des banques, se protège en isolant les activités qui l’intéressent, c’est-à-dire les dépôts qui garantissent le financement de l’économie réelle, des activités plus risquées de spéculation. La proposition du gouvernement de régulation du secteur bancaire français était donc parfaitement fondée. Dans les faits, le gouvernement a très rapidement battu en retraite, en sauvant à peine les apparences : la loi votée contraint les banques françaises à ne filialiser qu’une partie infime de leurs activités spéculatives. Que s’est-il passé ?

Au-delà des pressions du lobby bancaire, les auteurs décortiquent en profondeur les ressorts de ce renoncement. Il y a d’abord la dimension technique du débat, qui effraie les décideurs politiques, le ministre de l’Économie et des Finances au premier chef. Les banques vont en jouer en noyant la loi dans les détails techniques qui décourageront les élus.

Autre allié des banques : la « pensée Trésor », mélange d’ultralibéralisme et d’opportunisme. Les jeunes énarques du Trésor, qui n’hésitent pas à aller pantoufler dans le secteur bancaire, ont à cœur de protéger les intérêts de leurs futurs employeurs. Ils n’ont de cesse que de prêcher la modération, ce qu’aucun élu ne sera en mesure de contester.

Enfin, les banquiers pratiquent une forme de chantage à la dette, en menaçant l’État d’augmenter les taux d’intérêt. Effrayés à l’idée que la France subisse le sort de la Grèce, les politiques s’empressent de se montrer complaisants, quand bien même la menace ne repose sur aucun fondement, comme le soulignent les auteurs.

Cet ouvrage interpelle sur la véritable nature de la démocratie aujourd’hui, et de sa stupéfiante impuissance. Victime de la peur et de l’ignorance, le pouvoir est plongé dans une sorte de « servitude volontaire », dont ni l’exécutif ni le législatif ne sortent grandis. En filigrane, les auteurs se livrent à une critique du fonctionnement des institutions de la Ve République.



Mon amie c'est la finance !
par Adrien de Tricornot, Mathias Thépot, et Franck Dedieu
Éditions Bayard, 196 pages, 17
euros

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